vendredi 16 octobre 2015

Plans cul, agressions et médecins


Je baise occasionnellement avec des mecs cis, et ça se ne se passe généralement pas très bien. Généralement je rentre en contact en ligne, mais c'est m'est aussi arrivé d'aller au sauna et de trouver quelqu'un sur place. En ligne ça simplifie les choses pour moi, parce que j'ai plus de facilités à verbaliser ce que je cherche et mes limites. En théorie, si des gens disent quelque chose qui craint, je les envoie directement bouler, parce que je considère que c'est rédhibitoire. En pratique parfois je suis passé sur des choses que des mecs ont dites, parce que je trouve ça quelque fois compliqué de tenir ça tout le temps.

La dernière fois, j'ai été au sauna et j'ai trouvé un mec sur place. Ça s'est mal passé, parce que pendant qu'on était en train de baiser il a dit de la merde. Je me suis senti mal parce que c'est violent de se prendre de la transphobie dans la gueule, d'autant plus quand je suis à poil et que c'est un truc de ré-assignation, mais j'étais content parce que j'ai réussi à arrêter le plan, à lui dire qu'il était un connard transphobe et à me casser.

Mais je ne suis pas toujours assez fort pour me tirer, et une autre fois avant ça, avec un connard mec que j'avais rencontré en ligne, ben j'ai pas réussi. Il n'a pas voulu mettre de capote quand je lui ai demandé de le faire (il l'a fait plus tard, quand lui en a eu envie). Avant ça, il a dit « ça fait longtemps que j'ai pas baisé avec une meuf », et j'ai pas réussi à l'envoyer chier. J'étais vraiment pas bien, je n'arrivais plus à dire ou faire ce que je voulais (l'insulter et me casser). Quand c'était fini, il a dit qu'il supposait que c'était compliqué pour moi de trouver des gays pour baiser (genre "je suis trop un mec sympa, j'ai bien voulu te sauter même si t'es trans"). Après ça, quelques jours plus tard, mes parties génitales ont commencé à me gratter et j'avais beaucoup de pertes, et au bout de plusieurs jours ça s'est beaucoup empiré et ça a terminé aux urgences. 


Là, j'en viens aux médecins. Pour faire court, j'en ai vu 5 différents (deux généralistes, un médecin d'SOS médecins, une gynéco et le médecin des urgences). 

  • Un généraliste, que j'ai vu deux fois pour ce problème là, ne m'a tout simplement pas examiné. La première fois il m'a juste donné un anti-douleur, la deuxième fois, alors que je suis arrivé à son cabinet de garde en n'ayant pas dormi depuis une semaine durant laquelle j'ai chialé et manqué de tomber dans les pommes à chaque fois que je devais pisser, et donc avec la gueule tordue par la douleur et en boitant et ne pouvant pas m'assoir, il n'a pas voulu m'examiner.
  • La première généraliste que j'ai vue, qui me connaît mieux que l'autre, lorsque je l'ai rappelée 2 jours après l'avoir vue parce que la douleur m'empêchait de dormir, a refusé de me prescrire des anti-douleurs.
  • La gynéco s'est comportée correctement et a été à l'écoute.
  • Le médecin des urgences, où je me suis rendu à reculons, parce que ma dernière expérience là bas avait été un concentré de transphobie, et parce que l'idée de me faire poser une sonde urinaire dans l'état où j'étais m'effrayait au plus haut point, n'a pas écouté quand je lui ai dit que j'avais trop mal pour qu'il m'examine avant de m'avoir donné un antidouleur, alors que je tremblais, que je me tordais de douleur, et que je n'avais pas pu pisser depuis plus de 12h. Je l'ai repoussé violemment, et là il a jugé opportun de me donner de la morphine avant d'essayer de me toucher. Il a ensuite perdu le prélèvement qui était le but de la manœuvre, et n'a pas jugé utile de m'en tenir informé, ce qui fait que suite à ça, j'ai poireauté plus d'un mois pour pouvoir faire un test sanguin me permettant de savoir si le connard avec qui j'avais baisé m'avait refilé une IST qui allait revenir périodiquement jusqu'à la fin de ma vie ou pas.
Au delà de la transphobie dont ont fait preuve la majorité des médecins que j'ai vus ce mois là (illes étaient clairement mal à l'aise avec le fait que je vienne les consulter pour un problème en lien avec mes parties génitales), d'autres choses m'ont dérangé dans ce qu'ils ont dit. 3 sur 4 (l'autre ne m'a même pas posé de questions), m'a demandé si j'avais eu un rapport sexuel. Tous ont sous-entendu que c'était avec un mec (comme j'ai un vagin, ça semble être la seule possibilité qui leur a traversé l'esprit), et qu'il s'agissait d'une pénétration pénis/vagin. Certes, là c'était le cas, mais ça aurait pu être un autre type de rapport et/ou j'ai pu de pas avoir eu que ça comme pratique au cours de ce rapport, ou ça aurait pu avoir lieu avec un autre type de partenaire. 

Les trois ont dit une phrase comme « Je suppose que c'était un rapport protégé ». Je trouve que ce type de question posée comme ça ne laisse pas la place à autre chose qu'à répondre par l'affirmative, parce que dire non implique d'admettre d'avoir fait quelque chose qui va être perçu comme une connerie. Par ailleurs, par « rapport protégé », ces médecins parlaient uniquement d'utiliser une capote dans le cadre d'une pénétration. Personne ne m'a demandé si je suçais avec ou sans capote et si je me faisais sucer avec ou sans carré de latex. Personne ne s'est demandé si j'avais utilisé des objets de façon safe ou pas. Ni si la personne avec qui j'avais baisé avait changé d'orifice sans changer de capote. Et personne ne s'est demandé si j'étais consentant. Et leurs questions ne laissaient pas de place, vu l'état d'anxiété dans lequel j'étais (après une agression sexuelle et en ayant peur de la transphobie des médecins), pour expliquer clairement ce qui s'était passé. 

Je pense qu'au delà du malaise qu'ils avaient l'air de ressentir face au fait de devoir m'examiner (c'est à dire en fait de simplement faire leur taff correctement), ils n'ont pas pensé que le fait que je sois trans fait que souvent, ces mecs cis ont l'impression de ma faire une fleur en baisant avec moi, et que ça leur donne l'impression de pouvoir me traiter comme de la merde. Je suis trans et comme beaucoup d'autres trans, j'ai des problèmes d'anxiété, qui font que pour moi dire « non », que ça soit à des plans cul ou à des médecins, c'est souvent vachement compliqué, tout comme tomber sur des personnes qui acceptent d'entendre quand je dis non, ou qui laissent de la place à mes limites.

Visibilité, y'en a marre que tout tourne autour de nos corps


Je voulais réagir sur un truc qui me met mal à l'aise. Ces derniers temps j'ai beaucoup vu tourner ce montage photo d'un trans qui s'est pris en photo tous les jours pendant plusieurs années pendant sa transition médicalisée. Je ne sais pas pourquoi ces photos tournent en masse en ce moment, mais en fait ça me gonfle. Je trouve ça cool que des trans témoignent de leur transition, parce que ça peut nous aider, nous, trans pendant nos propres transitions. Par contre, quand je vois les commentaires de plein de cis sur les réseaux sociaux quand ces montages tournent, en fait ça m'énerve. Parce que ces commentaires consistent à dire combien la personne en question est « réussie » (= a l'air cis), « sexy » (et si on est trans et moche?) ou « a eu raison de transitionner » (en vrai c'est souvent « de se transformer »). Au milieu de tout ça, bien sûr, y'a une plâtrée de sacs à merde qui viennent juste se la ramener pour dire que quand même, illes comprennent pas et que c'est trop bizarre, mais j'ai même pas envie de perdre mon temps à commenter ça. Là je veux parler des gens bien intentionnés qui viennent valider les trans, et plus particulièrement leurs corps, en pensant probablement que ça leur confère une super ouverture d'esprit. En fait c'est relou. 

J'aimerais qu'on n'ait plus à être validés par des cis qui nous viennent donner leur avis sur notre cis passing. Les trans qui sont validés et que ces personnes trouvent majoritairement sexy, ce sont ceux qui ne sont pas gros, qui ont de la barbe et des poils, qui sont vus comme beaux, qui sont opérés du torse, etc. Là c'est super, on octroie à ces trans un cis passing et on se demande si ils sont célibataires (et si ils sont en couple c'est jugé « trop chou » -oui, comme des chatons) (et oui, quand ce sont des mecs trans, comme par magie y'a presque que des meufs qui se posent la question, parce que bah évidemment on est supposés hétéros, quitte à être baisables). On n'a pas besoin de savoir si vous seriez enthousiaste à l'idée de baiser avec nous pour avoir un avis sur nos transitions en fait, merci. En fait je trouve ça hallucinant, quand je vois ce qu'implique ma transition dans ma vie, qu'y'ait des gens à qui ça inspire uniquement une échelle de sexytude.

Entre ces montages et les émissions de télé, je trouve que la visibilité ça pose quand même question, parce que ça se termine toujours en gros pathos ou en truc dégueulasse exotisant qui tourne toujours autour de nos corps. J'espère qu'un jour on n'aura plus besoin de ça, se mettre en scène nos transitions pour être validés, qu'on n'aura plus autant intériorisé la transphobie qu'on pense qu'il n'y a que la partie sensationnelle de nos transitions (le côté « transformation ») qui mérite d'être traitée, et qu'on sera écoutés quand on parle d'à quoi nous confrontent nos transitions (pas uniquement médicalisées, mais aussi et surtout sociales). J'espère qu'à un moment les cis réfléchiront à comment devenir des allié-e-s, et s'intéresseront à ce que ça nous renvoie quand la seule chose qui semble intéresser la majorité d'entre elleux, c'est si on est baisable ou « réussis ».

dimanche 22 mars 2015

Tuto injection d'Androtardyl (fesse)

Matériel

1. Boîte de récupération d'aiguilles usagées. Tu peux en demander en pharmacie (mais moi on n'a pas voulu m'en donner), dans les CAARUD (Centre d'accueil, d'accompagnement et de réduction des risques chez les usagers de drogues) par exemple. J'ai commandé la mienne en même temps que mes aiguilles et mes seringues sur internet.
2. Gel désinfectant pour se laver les mains.
3. Un sparadrap.
4. Là c'est un bout de compresse imbibée d'alcool, mais du désinfectant c'est bien aussi (c'est juste que ces trucs là c'est pratique à trimballer)
5. Une aiguille à intramusculaire (noire ici, donc 3 cm de longueur, mais on peut utiliser une verte, de 4 cm).
6. Une seringue.
7. Une aiguille pour aspirer le produit (rose).
8. Une ampoule d'Androtardyl.
9. Deux cotons.
10. (c'est pas sur la photo: de l'alcool à 90 si vous injectez seulement une partie de l'ampoule)

On trouve les aiguilles et les seringues en pharmacie, pour un euro par injection environ si ma mémoire est bonne. Là j'ai commandé par boîte de 100 sur internet et j'ai partagé avec des copains, j'en ai pour 10 centimes par injection (boîte et désinfectant compris).

Comment procéder?


Bien nettoyer l'endroit sur lequel tu poses votre matériel.
Pour que le produit à injecter ne soit pas trop épais, tu peux le garder contre toi (sous une aisselle par exemple) pendant quelques minutes, ou encore faire tremper l'ampoule dans un petit bol d'eau chaude pour fluidifier l'huile.

Bien se laver les mains.



On passe à l'ampoule. Sur celle-ci, on peut voir un point bleu.

D'abord, assure toi que tout le produit est dans la partie basse de l'ampoule. Pour tout faire tomber vers le bas de l'ampoule, tiens la fermement et donne un coup sec vers le bas.
Tiens l'ampoule avec le point bleu face à toi. Prends un coton et casse le haut de l'ampoule en tenant d'une main le bas de l'ampoule, et de l'autre (avec le coton) entre le pouce et l'index tenez le haut de l'ampoule (pouce sur le point bleu, index à l'arrière de l'ampoule), et tords le haut de l'ampoule vers l'arrière. (Bon, à l'écrit je ne sais pas si c'est clair, je voulais faire une vidéo mais mon ordinateur rame trop)
Si tu as géré ça correctement, l'ampoule n'a pas explosé et est maintenant ouverte. Pose la sur la table.

Ouvre l'emballage de la seringue (et garde l'emballage sur la table, ouvert, côté stérile vers le haut) et ouvre l'emballage de l'aiguille rose. Fixe l'aiguille sur la seringue.



Puis, aspire le produit dans l'ampoule. En y allant doucement je trouve qu'il y a moins de bulles.
Si tu injectes tout le contenu de l'ampoule, aspire tout le produit. Si tu en injectes moins:
- Soit tu partages ton ampoule avec quelqu'un d'autre, dans ce cas n'aspire que ce dont tu as besoin.
- Soit tu ne partages pas, donc aspire plus que ce que tu vas injecter (par exemple là, j'injecte 0,6 mL, donc j'aspire 0,8 ou 0,9 mL).



Tire ensuite le piston vers le bas de manière à ce que le produit soit assez bas dans la seringue.
Ouvre l'emballage de l'aiguille noire. Retire l'aiguille rose de la seringue et place la noire (ou la verte si tu as choisi une verte) à la place.

Ensuite, il faut chasser les bulles. Enfin dans la mesure du possible. Parfois je mettais un quart d'heure à virer toutes les microscopiques bulles en tapotant de l'ongle contre la seringue jusqu'à ce qu'on m'explique que lors d'une injection en intra-musculaire, seules les grosses bulles peuvent poser problème. On enlève les bulles par mesure de précaution, au cas où on injecterait dans une veine (mais on verra plus tard comme faire pour être certain de ne pas piquer dans une veine).
Bref, pour chasser l'air de la seringue, on la tient aiguille vers le haut et on "joue" avec le piston pour virer l'air et pas le produit. Comme pour l'ampoule, on peut donner un coup sec vers le bas pour faire descendre le produit et monter l'air.
C'est prêt une fois qu'il n'y a plus d'air ni dans la seringue ni dans l'aiguille (chasser la grosse bulle d'air qui est souvent présente à la jointure entre l'aiguille et la seringue -là où on voit la couleur (noir ou rose) de l'aiguille-).

On s'approche du but. 

Maintenant, où piquer? Quand on injecte dans la fesse, il faut piquer dans le quart supérieur extérieur. Pour simplifier, si on piquer dans sa fesse droite et qu'on fait une croix sur toute sa fesse de manière à la séparer en 4 parties égales, la zone d'injection sera en haut à droite. Pour la fesse gauche ce sera le quart en haut à gauche.
Pour éviter de me dessiner une crois au marqueur sur la fesse toutes les 2 semaines (c'est pas obligatoire mais ça me rassure), le copain qui m'a montré comment faire mes injections m'a tatoué une sorte de grain de beauté dans la zone d'injection, comme ça je pique simplement autour.

Quand vous tu as déterminé la zone, désinfecte la bien (vise large).

Voilà, ça c'est ma fesse droite, enchanté.

Quelle position pour piquer?

Certaines personnes se piquent debout (ce qui est pratique parce qu'on peut utiliser ses deux mains et s'aider d'un miroir). Moi je me pique couché parce que:
- être couché c'est ce que je préfère
- je trouve ça plus rassurant (j'ai peur de tomber ou je ne sais quoi).

Quoi qu'il en soit, trouve une position où ton muscle fessier est détendu (sinon l'aiguille va pas rentrer).

On y est!


Quand tu es prêt, inspire un bon coup et pique. Moi j'arrive pas à tout entrer d'un coup, d'un geste sûr et rapide, donc j'appuie doucement jusqu'à ce que ça rentre. Quand je me piquais y'a 4 ans, j'arrivais à rentrer d'un coup comme aux fléchettes, mais cette époque est révolue. Et contrairement à ce que je pensais, je ne sens pas grand chose dans un cas comme dans l'autre.

Une fois que l'aiguille est rentrée (en entier, c'est mieux, comme ça elle ne peut plus bouger en hauteur), tire sur le piston. Si rien ne se passe ou que de l'air entre dans la seringue, c'est bon, tu es dans le muscle! Si du sang entre, tu manques de bol et tu es dans une veine.
Si tu es dans une veine, ressorts l'aiguille de ta fesse, change d'aiguille et pique ailleurs.
Si tu es dans le muscle, pousse doucement sur le piston pour injecter le produit.

Quand c'est fait, sort l'aiguille du muscle. Tu peux compresser le point d'injection avec un coton imbibé d'alcool (moi je le fais si ça saigne beaucoup). Désinfecte et mets un beau sparadrap.



C'est bien de masser pour que le produit se propage bien dans le muscle et pour ne pas avoir mal dans les jours qui suivent. (J'avoue que quand j'injectais une ampoule entière, j'avais mal massage ou pas massage, peut être un tout petit peu moins avec massage, et à une demi-ampoule, je vois pas la différence non plus).

Jetez les aiguilles dans le conteneur à aiguilles (et la seringue si vous avez un énorme conteneur et que ça ne vous embête pas de le remplir plus vite), et tout le reste à la poubelle.


Si tu as un peu peur lors de tes premières injections, ça peut être cool de ne pas être seul quand tu te piques. Si personne ne peut t'assister en live, tu peux aussi demander à quelqu'un de te tenir compagnie par web cam interposée par exemple.

[Si t'as d'autres informations à apporter ou qu'il y a des parties qui ne sont pas claires, ou que t'as des idées de reformulations, n'hésite pas à me le dire parce que je ne suis pas sûr que tout soit ultra compréhensible]





samedi 13 septembre 2014

J'avais presque oublié comment les pros de la santé pouvaient être relous


L'autre fois je me suis retrouvé aux urgences, et sur le coup je flippais pas qu'on me fasse chier avec mes papiers, parce que je sortais d'un labo d'analyse où la secrétaire avait fait gaffe de dire à l'infirmière de ne pas m'appeler « madame » quand ça serait à mon tour (j'étais pas dans mille labos, mais à Rennes, dans les labos où j'étais, c'était à chaque fois comme ça) sans m'avoir rien demandé, et de chez un médecin à qui j'ai dit que j'étais trans parce qu'il m'a demandé à quoi correspondait mon ALD, et il écrit « Mr » sur les ordonnances sans me poser de questions non plus. Donc bref, j'arrive aux urgences stressé et surtout super fatigué parce que j'avais bien mal et que je flippais comme je ne savais pas ce que j'avais, et j'entre et y'avait 6 ou 7 personnes derrière le guichet d'accueil. 

Y'a un infirmier qui me dit de venir, qui me dit que j'ai une drôle de couleur et d'aller vite m'enregistrer. Je vais au guichet à l'autre bout de la salle, je file ma carte vitale, la secrétaire pose des questions banales et me dit de retourner à l'accueil. J'y retourne et je vois que les gens derrière le guichet sont un peu en train de se marrer, mais bon, peut être juste qu'il-le-s se sont raconté une blague. Un mec me fait rentrer dans la salle juste à côté de l'accueil, je pose mon sac et il me dit d'aller le poser dans la salle d'attente parce que il faut éviter de mettre trop de trucs dans cette salle. Je ressors et dans l'encadrement de la porte y'a une infirmière qui me regarde avec un air genre amusé/ironique/un truc désagréable dans le style dans ce contexte. Je reviens sans mon sac, l'infirmière s'est installée dans la salle (et en vrai, je ne sais pas pourquoi elle était là à part pour faire chier, parce que y'avait clairement pas besoin qu'il-le-s soient deux pour prendre ma température et me poser 3 pauvres questions). L'infirmier commence à me poser des questions sur mes symptômes, l'autre est toujours en train de me fixer d'un air narquois, en regardant de temps en temps mon dossier.

Et puis soudain, paf, c'est parti (coupant le mec qui allait me demander de lever le bras pour mettre le thermomètre sous mon aisselle). « C'est quoi votre prénom? » Je réponds. « Mais ça s'écrit avec -le ? ». Ouais. Elle se marre. « Vous avez eu un problème hormonal? » Heu nan, je suis trans, mon état civil est pas changé. (Là l'infirmier avait réussi à caser son thermomètre, il me dit que j'ai de la fièvre, que j'ai pas l'air bien et qu'il va chercher un brancard parce qu'il avait peur que je me vautre. L'autre, ça l'a pas arrêtée le moins du monde. Le fait que j'ai du mal à parler non plus par ailleurs.) « Oh ben c'est fou. Vous essayez de devenir un gars en fait? » J'ai pris l'air le plus blasé que je pouvais compte tenu de mes capacité en matière de théâtre qui sont déjà pas terribles, mais quand j'ai pas bu ni mangé depuis 15h et que j'ai pas dormi, c'est encore pire. Après je sais plus ce qu'elle m'a demandé, mais elle m'a parlé au féminin, elle s'est reprise, ça l'a fait marrer, elle a dit un truc comme « haha ben maintenant je suis perdue désolée, parce que j'ai votre prénom là alors vous comprenez ». Je lui ai envoyé le regard le plus méchant que je pouvais parce que mon sens de la répartie était décidément pas au top de sa forme. « Oui ben désolée hein, je pose des question, j'me coucherai moins conne ce soir ». Là j'ai quand même réussi à dire quelque chose comme « Ben j'espère oui ».

Bref, c'était sympa comme tout. Ça a déjà tendance à me gonfler prodigieusement quand on me pose des questions alors qu'on ne se connait pas, genre comme si j'étais une encyclopédie sur pattes et que j'avais que ça à faire que de répondre aux interrogations des cis, mais quand c'est des professionnel-le-s de santé et que je viens pour quelque chose qui n'a strictement aucun rapport et que je suis mort de trouille parce que j'ai peur être un abcès dans la gorge, j'ai définitivement autre chose à foutre que de faire un cours en accéléré sur le thème « tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les trans sans jamais vous bouger le cul pour aller chercher des informations par vous même, bande d'abrutis ».

Rapide réflexion sur les tours de présentation

Bon, ça fait des lustres que j'ai pas posté. J'ai pondu deux trucs vite faits aujourd'hui, j'ai envie d'écrire d'autres choses, mais j'arrive pas trop, alors qui vivra verra pour la suite. Donc ça, ce sont des réflexions que je me suis fait pendant des ateliers, des réunions ou des groupes de paroles.


Souvent, et je trouve ça cool, quand on commence une discussion en groupe, un tour de table est proposé, et on dit souvent « vous pouvez donner votre prénom et le pronom par lequel vous préférez être désigné-e ». En gros, j'ai vu deux cas de figure qui me posent problème quand le tour de présentation commence :
  • Les personnes trans donnent leur pronom et leur pronom, et les personnes cis donnent juste leur prénom. Je trouve ça très mal venu en fait, ça fait genre « ben moi je suis cis, ça se voit, c'est évident comment on doit me genrer ». Hé coucou, en fait y'a des personnes trans qui se font mal genrer parce que les gens présupposent qu'elles sont des personnes cis en fonction de critères cis-centrés, et que justement non, tout le monde n'est pas cis.
  • Tout le monde donne son prénom et son pronom, sauf que plusieurs personnes cis vont dire des trucs genre « oh moi vous pouvez me dire « il » ou « elle », ça n'a aucune importance », ou encore (j'adore celle-là...) : « genrez moi comme vous voulez, je vais pas vous mordre, on s'en fout, hahaha ». J'ai entendu des trucs comme ça plein de fois ces derniers temps, et juste ça me gave. Ces personnes (y'a sans doute des exceptions hein, je dis pas, et je re-précise que je parle de personnes cis, qui en plus ensuite pendant tout l'atelier vont utiliser tout le temps le pronom qu'elles utilisent au quotidien) vivent dans un genre qui leur convient depuis leur naissance environ, et lancent un truc comme ça, le genre c'est pas important, ça se déconstruit, blablabla. Je trouve ça trash pour moi, en tant que trans, qui a dû batailler (et qui bataille encore parfois, avec certaines personnes, genre dans ma famille, ou récemment une infirmière) pour qu'on me genre correctement, et qui parfois ouais a eu envie de mordre des gens (enfin non, je mords pas des gens qui m'énervent, mais j'ai envie de leur donner des coups de pelle) quand on nous genre mal. Alors quand c'est pas ton cas et que t'as jamais eu à te battre pour qu'on utilise les pronoms que tu voulais, juste, tes remarques sur « les pronoms c'est pas important » ben tu peux aussi te les garder.
Si tu t'en fous de comment on te genre, ben c'est cool pour toi, y'a pas de soucis, mais les remarques qui laissent penser que pour les gens pour qui ça a de l'importance de se faire genrer d'une manière et pas d'une autre sont trop nul-le-s, n'ont pas déconstruit je ne sais pas quoi autant que toi, et sont violent-e-s (sérieux, j'ai entendu ce truc de « je vais pas vous mordre » ou des choses comme ça un paquet de fois en vrai), ben en fait c'est pas nécessaire et c'est chiant.

jeudi 9 janvier 2014

Joyeux anniversaire à moi!

Je profite de mon anniversaire d'opération pour faire une petite mise à jour.

Y'a un an à cette heure-ci j'étais à peu près en train de ne pas arriver à arrêter de trembler en salle de réveil depuis 3 heures, et ça devait être à peu près le moment où j'ai cru que ma gorge avait méga gonflé quand on m'a injecté de la morphine avant que je ne me re-réveille 2 heures plus tard et que je reparte enfin dans ma chambre.

J'avais parlé un peu, avant l'opé, du fait que je flippais un peu de comment j'allais gérer l'"après", et puis en fait j'y ai très peu pensé finalement, à comment c'était avant, et c'était pas en mode nostalgique. Je suis vraiment content de l'avoir fait, du résultat et de ne plus avoir à penser à ça tous les jours.
Par contre c'est dingue comme c'est vite passé, la période pendant laquelle je me disais que j'étais super content de ne plus avoir de binder, j'ai zappé assez vite comment j'en pouvais plus sur la fin.
Bref c'est cool, je suis content de pouvoir aller à la piscine, de pouvoir m'habiller plus comme je veux et d'être satisfait de l'apparence de tout ça. Y'a des imperfections hein, le côté gauche est un peu creux et le droit un peu bombé, mais je m'en fous. J'ai toujours un peu mal la nuit de temps en temps, mais c'est ciblé sur les cicatrices horizontales et ça doit être lié à ma manière de cicatriser (vu les cicatrices en elles mêmes sont toujours assez gonflées et rouges, mais ça s'estompe doucement). Je mets de la crème pour les hydrater tous les jours, c'est devenu un réflexe.

Sinon, ça fait aussi un an que j'ai décidé d'arrêter les hormones (que j'avais arrêtées en prévision de l'opération un ou deux mois au paravent je crois). Pour le moment ça me convient comme ça. Je ne sais pas ce que ça donnera plus tard, mais là l'idée de voir un endoc (ou globalement un médecin) me donne mal au bide, donc ça tombe bien. Je ne vis pas forcément bien le fait d'avoir de nouveau mes règles (en vrai, je le vis plutôt mal), mais en même temps je vivais mal d'avoir mal au cul pendant 3 jours après chaque injection, de me piquer, et d'être naze avant mes injections dont je n'arrivais pas à respecter la date parce que je supportais de moins en moins les piqures, donc bon.
Au début j'avais une peur irraisonnée que si je me rase, ma barbe ne repousse pas, mais en fait si (même si elle est peut être un peu moins épaisse qu'avant, mais j'en suis pas sûr).

Des fois je me dis que ça aurait été bien de continuer pour obtenir une répartition des graisses, mais ça avait pas bougé du tout en 1 an et demi, et je pense que de toute façon, j'ai plein de complexes à la con et que du coup, hanches ou pas, je complexerai toujours sur un truc, donc il vaut mieux que je me concentre sur le fait d'apprendre à vivre avec plutôt que de mettre des espoirs dans la testo, alors que dans l'immédiat ça me gonflerait d'en reprendre.

Sinon, ma vie va relativement bien, j'ai changé de filière à la fac et je me sens mieux dans celle-là (les gens me font moins peur). Là, j'ai l'impression d'être grave sociable en ce moment, je suppose que c'est lié en partie aux anxiolytiques et en partie au fait que d'avoir arrêté de militer (enfin pas arrêté entièrement, m'enfin sur pourquoi je ne veux plus organiser des actions sur des trucs trans avec des cis, je pourrais tenir 50 pages je pense) et de lire des trucs qui m'énervent et passer mes soirées à m'engueuler avec des gens, ça m'a aussi permis d'être un peu plus calme et moins anxieux. 

lundi 1 juillet 2013

"On a toutes un utérus", immersion en terrain trans-pas-inclusif

Je rentre il y a peu de la ladyfest d'Angers, qui a été un événement assez trash pour moi. Cette ladyfest était annoncée en non-mixité "femmes, gouines, meuf, FTX, trans-FTM/MTF, intersexe…". En fait bah... non, pas vraiment. Sur la version papier du programme (donc celui auquel les personnes qui participaient avaient accès pendant ces trois jours), les intersexes avaient disparu, et puis pas contre, ce qui était apparu sur cette version papier, c'était "pour femmes", "entre meufs", "dans la vie des femmes", etc... dans quasi chaque intitulé d'atelier, les rendant ainsi inaccessibles aux mecs trans, et ne faisant pas en sorte que les personnes qui ne se définissent pas comme femmes s'y sentent les bienvenues (et vu l'ambiance, je me serais très mal vu aller demander si c'était une omission ou pas). Du coup c'était formidable, j'ai pu participer à un seul atelier, le premier jour, aucun le deuxième, et le troisième j'étais parti parce que j'en avais raz la casquette.
Cet atelier auquel j'ai participé parlait de l'histoire du féminisme en Anjou. La personne qui l'animait, et qui avait, comme tout unE chacunE eu accès à l'intitulé de la non-mixité de cette ladyfest, a parlé du groupe présent et des personnes concernées par les luttes féministes et leur histoire comme de "femmes", uniquement. Elle parlait évidemment de femmes cisgenres, puisqu'elle a dit (j'en reviens toujours pas d'avoir entendu un truc aussi crétin dans un lieu féministe sensé être inclusif des trans et des intersexes) "on a toutes un utérus". 

Avant de venir, je pensais que ça n'allait pas être le festival le plus cool de ma vie, ni que tout le monde serait super inclusiVE, à vrai dire j'y allais plutôt à reculons. Par contre je ne m'attendais pas à me sentir mal à ce point et à me faire mal genrer dans la quasi totalité de mes interactions avec des personnes que je ne connaissais pas auparavant (et ça n'avait vraiment rien à voir avec l'utilisation du féminin pluriel, rien du tout). 

Je suis halluciné d'avoir fait les entrées et que deux personnes soient arrivées et l'une d'elle a balancé un tonitruant "bonjour mesdames" alors qu'on était quatre personnes dont deux mecs trans derrière la table (et elle s'est permis d'être agressive ensuite quand quelqu'une l'a reprise). "Mesdames" quoi...

J'hallucine aussi d'avoir parlé pendant deux heures avec une personne, à qui je parlais de moi au masculin, et puis ironiquement ce jour là, parce que j'en avais marre qu'on fasse comme si les trans n'existaient pas, j'avais un t-shirt avec écrit en gros "TRANS" à l'arrière, à qui je parlais des trucs que je faisais dans des milieux militants, et qui était en mode "je m'intéresse trop aux trucs TPG, et je suis trop trans inclusive, d'ailleurs j'ai organisé un truc en non-mixité inclusive des trans à côté de chez toi, je suis pas comme les autres féministes transphobes", et qui, au bout de deux heures, parle de moi comme... d'une "meuf". Là j'ai eu l'impression de me prendre un bon coup dans le bide, elle a continué à me parler et j'ai rien dit, j'ai attendu qu'elle se casse avant de changer de place. 
J'aurais pu dire "hé coucou, je suis trans, tu me cause au masculin et tu dis jamais que je suis une meuf", mais c'était la vingtième fois de la journée environ qu'on niait mon identité, à chaque fois que j'ai repris quelqu'une la personne m'a ignoré, et juste je voyais plus l'intérêt, j'avais juste envie de me casser le plus loin possible et j'avais ni envie qu'elle m'ignore, ni qu'elle s'excuse.
Y'a aussi eu cette meuf qui parlait de l'inclusion des trans et qui centrait tout ça sur le fait qu'elle n'ait pas envie de se retrouver à proximité de quelqu'un qui avait une bite. Mais qu'elle évoluait sur la question. Ben si t'évolues sur la question, cool, mais alors vient pas résumer l'inclusion des trans dans le féminisme à sa non-comptabilité avec ton essentialisme et à ton obsession du contenu de nos slips.

Bref, ça fait super longtemps que je ne me suis pas retrouvé dans un lieu où on me parle au féminin (et c'est pas faute de passer mon temps à cis-land pourtant).  Y'a juste deux ou trois relous qui ont tenté de me draguer lourdement dans la rue y'a quelques mois avant de se rendre compte que j'étais pas une meuf et de se casser. Là, c'était dans un lieu où mon identité était incluse dans la non-mixité de l'événement.
Ne pas inclure les trans dans ce type d'événement, ça me parait triste (je parle de l'inclusion des mecs trans ici, pas des meufs trans, là c'est surtout dégueulasse). Faire semblant de les inclure ça me parait absurde. 
Déjà, dire "ok les trans, venez", mais ne pas faire de charte de respect des identités des personnes présentes -histoire qu'un moins les personnes en question puissent se sentir de gueuler un coup si ça se passe mal-, de conseils pour ne pas dire de conneries super transphobes dans tes ateliers, pour rendre l'endroit un peu plus safe pour les trans -genre si t'as un doute sur le pronom à employer, demande (oui enfin pour ça faut s'en soucier, de ce que ça peut faire aux gens quand tu leur impose un pronom)-, ça me parait incompatible. Des chartes y'en a qui sont dispo en plus, genre celle du TDB, ou encore celle de la ladyfest de Rennes l'année dernière, je suppose qu'il suffit de la demander aux organisatrICES. Sinon c'est un peu genre, allez, on fait venir des trans, on voit ce que ça donne, et si ilLEs se font emmerder par plein de gens tant pis hein, chacunE sa "sensibilité féministe". Et puis peut être que ça permet de resserrer les liens des cis d'oppresser les trans toutes ensemble hinhinhin...



Ce truc de sensibilité féministe, sérieusement, ça me gave. C'est aussi sorti dans le premier atelier à propos des putes et des meufs voilées. Hé oh, on parle pas de goûts et de couleurs, on parle d'oppressions là aussi. On ne demande pas aux gens de cohabiter pacifiquement en respectant leurs désaccords quand il s'agit en fait d'oppresser des minorités avec la bénédiction générale. Et pitié, pas d'argument genre "oui mais ce sont des personnes très peu nombreuses, la majorité d'entre nous sont des femmes normales cisgenres, alors on va pas se prendre la tête avec leurs revendications" parce que ça ressemble quand même vachement aux homophobes qui parlent du mariage pour touTEs et de la dictature des minorités. 

Bref, me retrouver dans un endroit où on lutte contre le patriarcat parce qu'on est "des femmes", mais où on ne met jamais en cause son implication dans d'autres axes d'oppression (voire où on la nie carrément), ça me donne envie de vomir et de hurler. Petite pensée à la personne qui se sentait tellement concernée par les trans (et particulièrement ce qu'ilLEs avaient dans le slip, enfin surtout les meufs trans il faut dire) mais qui n'arrivait tellement pas à se positionner en tant que dominante qu'elle a balancé un "il n'y a pas de cis ici", ce qui m'a bien fait rire, donc j'ai lancé "moi c'est pas tellement l'impression que ça me donne" (j'étais pompette, c'était plus simple), donc elle s'est reprise "d'hommes cis", d'un air entendu (y'a que les mecs cis qui sont dominants c'est bien connu).

Pour finir sur du positif, après ça j'ai relativisé ce que j'ai ressenti niveau cis-centrisme ces derniers mois dans les cercles militants que je fréquent/ais, parce qu'à côté de ce concentré de transphobie plutôt bien assumée (faut leur laisser ça à ces gens) c'était franchement du pipi de chat, au moins on me genre bien, quand je parle de transphobie on m'écoute, et je ne me sens pas mal et flippé en permanence, je sais que je peux compter sur des gens, etc...
Mais aussi, j'ai rencontré quelques personnes avec qui j'ai été vraiment content de discuter, j'ai revu des personnes cool, j'ai vu un bout du concert de Van Van je me suis fait tatouer et j'ai fabriqué un bol en argile (entre les moments où j'étais en train de gratter mes 25 piqures de moustique et de stresser à cause de mes règles, quand même).