jeudi 25 novembre 2021

TDoR 2021

 J'ai pas écrit ici depuis des lustres, du coup je me dis que je peux partager le texte que j'ai écrit pour le TDoR cette année histoire que ce blog vive un peu.

"Hommage, trans assassiné-e-s, la transphobie tue"


J’ai vécu plusieurs fois cette année cette scène où je discute avec un-e ami-e trans, qu’on se donne des nouvelles d’autres personnes trans qu’on connaît, et que parfois, quand on arrive à telle ou telle personne, la demi-seconde de silence en trop avant la réponse est déjà une réponse en soi.

C’est compliqué de jongler entre la tristesse, la colère, l’envie de continuer d’essayer de s’organiser pour arrêter le massacre, le désespoir et l’envie d’abandonner devant l’étendue du travail qu’il reste à faire, le besoin de se protéger soi-même, et de la difficulté d’exister sans les luttes collectives. Cette année il y a aussi eu la culpabilité. Parmi les personnes trans décédées à Rennes, majoritairement par suicide, j’en connaissais deux. Sté et Elise n’étaient pas des ami-e-s proches, mais ce sont des personnes que j’ai croisées pendant des années, dans des cadres associatifs mais aussi amicaux, avec qui j’ai partagé des activités, que ce soit des manifs, des permanences, mais aussi des balades, des discussions, des embrouilles, des coups dans des bars, des fêtes, enfin de la vie quoi. Comme pas mal de potes trans avec qui j’ai discuté pendant ces périodes, j’ai culpabilisé, parce que ce n’était un secret pour personne que ces personnes allaient mal, et que les espaces et le soutien communautaire n’a pas suffit, parce qu’on pense ne pas avoir essayé assez de les aider, ou pas de la bonne manière et parce que aider des personnes qui vont très mal, c’est très difficile pour différentes raisons. Alors on culpabilise, on réfléchit, et on se dit : « plus jamais ça ».

Le problème c’est qu’on a un pouvoir limité, en terme de nombre, d’énergies et de santé mentale notamment. Et surtout, je pense que ça devrait être au reste de la société de culpabiliser et pas à nous, les communautés trans. Si les personnes qui nous agressent, nous tuent, nous violent, les médecins qui nous refusent des soins, les psychiatres qui nous maltraitent, les parents qui nous foutent à la rue, les militants qui nous utilisent et nous exotisent, les partenaires qui nous maltraitent, si les personnes responsables de la transphobie se sentaient responsable ne serait-ce qu’à hauteur d’un dixième de la culpabilité qu’on ressent nous, les victimes de la transphobie, je suis convaincu que les lignes pourraient bouger de manière considérable sans qu’on ne s’épuise.

J’aimerais que la psychiatrisation des identités trans et tout l’historique de maltraitances psy qui va avec arrête de nous empêcher de parler de notre santé mentale. Entre les dépressions, les addictions, les traumas liés aux agressions de toutes sortes, l’isolement et la précarité, on est une communauté qui va plutôt mal. Mais on ne doit pas trop en parler, parce que le monde cis a tendance à penser que si on va mal, c’est parce qu’on est trans, et qu’une fois qu’on a transitionné, on va bien. Évidemment que transitionner règle certaines choses, mais ça n’efface pas le fait qu’on est abimé-e-s, et ça ne fait pas non plus miraculeusement disparaître les violences, qui ne disparaissent pas mais se transforment. Et si ça se bouscule au portillon pour nous psychiatriser quand on veut commencer à transitionner, c’est plutôt le désert ensuite quand on a besoin de gérer nos traumas liés à la transphobie. Alors on bricole comme on peut en évitant les violences, on se retrouve entre vieux et vieilles trans et on essaie de se soutenir comme on peut, on essaie de laisser de la place dans nos vies à la joie et à l’amour, on construit des familles, bref, on essaie de vivre et de construire malgré tout des espaces et moments chouettes, où on n’a pas besoin de planquer sous le tapis le fait qu’on en chie malgré tout.

J’ai envie d’en profiter pour dire aux personnes cis : soyez là pour commémorer nos morts, mais intéressez-vous aussi à nos vies. Comprenez et partagez notre colère, nos luttes, et rendez-nous la vie plus facile. Parlez à vos médecins des initiatives communautaires qui existent, et incitez-les à les rejoindre : ces initiatives aident concrètement à rendre nos parcours et nos vies plus faciles et à épargner des traumatismes aux prochaines personnes trans qui transitionneront. Adhérez aux associations trans et manifestez vous quand il y a besoin d’un coup de main, filez des thunes quand vous en avez, partagez les contenus militants qu’on produit. Et partagez aussi nos joies et nos réussites.

Aux camarades trans : j’ai envie qu’on vive et pas qu’on survive. J’ai envie que la peur change de camp, et qu’on trouve ensemble la force de continuer à se battre, mais aussi de partager ensemble autre chose que de la colère et de la tristesse.

À toutes celles et ceux qui ont disparu cette année et les précédentes : on vous garde dans nos cœurs, on n’oubliera pas vos prénoms et vos visages, et on continuera de lutter en votre mémoire.

mardi 8 octobre 2019

Les luttes inclusives, un enfer pavé de bonnes intentions aka réflexion sur les luttes pour l'accès des personnes trans à la parentalité


[Que ce soit clair, je soutiens évidemment les revendications des couples de femmes et des femmes célibataires quant à l’accès à la parentalité, et à leur droit de fonder une famille sans père, alors merci de ne pas essayer de me faire dire le contraire ou d’essayer de me faire passer pour un mascu.
Mon problème concerne la place des hommes trans dans les revendications autour de la PMAi, qu’ils aient ou non pour projet de porter eux-même l’enfant.
Tout commentaire remettant en question le fait que des hommes trans puissent vouloir porter un enfant ne sera évidemment pas publié.]


Les luttes inclusives, un enfer pavé de bonnes intentions


On vous tolère, mais cette lutte nous appartient, donc vos gueules


Le principe d’inclusivité est bien pourave. Il consiste à se donner bonne conscience en « incluant » une minorité, qui en fait à tout autant que toi sa place dans une lutte ou un espace, mais en pré-supposant que la lutte ou l’espace t’appartient, et que finalement, c’est et ça restera chez toi, et que la minorité que tu « inclues » sera toujours l’invitée, que tu as placée là du haut de ton infinie bienveillance. Évidemment, le jeu consiste à ce que ce soit toi qui fixes les règles, et que tu décides de ce qui est entendable ou légitime comme revendication, et de la place que tu laisses à cette minorité. Généralement, t’es tellement sympa que t’as déjà pensé à tout avec tes potes, notamment aux revendications et aux modalités de lutte que la minorité invitée devra respecter, parce que quand même, déjà, c’est chez toi, et puis surtout, qui sont ces gens pour déjà avoir réfléchi à leur organisation et à leurs luttes ? Par ailleurs, tu peux tout à fait décider d’inclure des gens sans leur accord, une fois que tu auras décrété que ta lutte était « meuf, gouine, trans », « LGBT », du « féminisme inclusif » ou que sais-je, tu peux rester dans ton entre-soi sans consulter les personnes que tu as inclues, en effet, l’important c’est l’étiquette, pas le contenu.

L’astuce, si la minorité que tu inclues finit par dire que quand même, ce que tu fais est transphobe, raciste ou que sais-je, c’est de la traiter, non pas de cisphobe ou de raciste anti-blanc, parce que tout de même, on est entre gens déconstruits, et on sait bien que ça ne passera pas. Non, le plus simple c’est de crier à l’oppression ; que tu fasses partie ou non de la minorité que tu accuses ce groupe d’oppresser n’a pas d’importance, hein, l’important c’est d’utiliser les bons mots, voire ça peut très bien fonctionner d’utiliser une minorité dont tu ne fais pas partie pour justifier tes comportements foireux envers une autre minorité dont tu ne fais pas partie non plus, au bout d’un moment ça prend, et tu peux regarder de loin l’incendie que tu as allumé. 

Par exemple, si des mecs trans te disent : « ben en fait merci de nous inclure dans votre lutte, mais votre slogan est transphobe et nous dénie le statut de père, donc au pire ne nous incluez pas, on va se démerder », d’abord, feins de ne pas comprendre de quoi il s’agit, et insiste sur ta bienveillance. Éventuellement, fais comme si tu n'avais pas compris le problème et dis des choses comme : "Aha, transphobes, vous êtes contre l'idée que des hommes trans puissent porter un enfant !". Si les mecs trans pas d’accord ne sont toujours pas d’accord, ne se plient pas à ton avis, et ne disent pas « ha oui pardon, c’est pas grave qu’il y ai plus ou moins écrit : ‘les hommes trans ne sont pas des hommes’ sur votre banderole, et que en gros vous disiez la même chose que Ardissonii, merci d’avoir parlé de nous, c’est gentil », ben là c’est pas grave, utilise un mec trans que tu connais, même si tu ne lui en as pas parlé hein, c’est ton pote, il sert à ça, pour expliquer que t’as parlé avec machin et que lui ça lui pose pas de problème. Parler à des associations trans ? Pour quoi faire, t’as un ou deux potes sous la main qui peuvent te servir de caution, ça t’épargne une réflexion sur qui tu « inclues », pourquoi, sous quelles modalités, et sur si par hasard quelqu’un avait déjà réfléchi à la question en dehors de ton groupe de cis déconstruit-e-s ? Maintenant que tu as montré que tu étais quelqu’un de bien parce que toutes les personnes trans ne sont pas en désaccord avec toi, tu peux y aller et commencer à dire que de toute façon, les hommes trans pas d’accord font du « not all men » et sont des masculinistes. Ça fonctionnera parfaitement, pas d’inquiétude. Si y en a encore qui osent l’ouvrir, là l’astuce qui marche à tous les coups c’est de commencer à utiliser les femmes trans, même si tu n’en as jamais parlé avant dans quoi que ce soit, qu'il y en a entre 0 et 1 dans ton collectif, et qu'en vrai, ton collectif et toi avez complètement zappé les femmes trans de votre communiqué, et à accuser les hommes trans de transmsogynie.

SURTOUT, pense bien que si tu es un peu une star et/ou que tu utilises les bons mots, la majorité des gens n’écouteront pas ce que disent les gens pas d’accord et considéreront que tu as de toute façon raison, même si ce que tu racontes est complètement dénué de sens voire que tu te comportes en parfait-e transphobe !


Cas pratique : comment inclure et exclure dans le même temps les hommes trans des débats sur la PMA en faisant passer pour des mascus ceux qui disent que tes procédés sont transphobes


Certaines associations ou collectifs féministes ou LGBT avaient pris le parti de revendiquer une « PMA pour toutes », d’autres une « PMA pour tou-te-s ». Le nombre de ces groupes ayant travaillé et réfléchi en collaboration avec des associations trans est proche de zéro (non, avoir échangé avec une association qui t'a dit que c'était bien gentil de penser à les contacter la veille de la manif ne compte pas, désolé).

Mon avis là dessus, qui n’est évidemment pas partagé par toutes les personnes trans, et qui n’engage que moi, est que les deux options étaient foireuses, et que rien n’était possible sans un réel travail de fond avec les associations trans de terrain, et une prise en compte de toutes les revendications autour de l’accès et de la conservation de la parentalité chez les personnes trans, et non juste de l’accès à la PMA pour les hommes trans qui souhaitent porter un enfant. Évidemment, cette revendication précise, qui est celle qui a été (toutes proportions gardées, c’est à dire surtout sur les réseaux sociaux militants, donc en cercle fermé, et vaguement dans quelques tracts et communiqués à destination de l’extérieur) la plus mise en avant parmi les revendications autour des parentalités trans, est une revendication tout à fait légitime. Le fait que la loi Justice du 21ème siècle (2016) ait (théoriquement) supprimé l’obligation de stérilisation physique pour accéder à un changement de la mention de sexe à l’état civil, pour la remplacer lors de la loi sur la PMA, par une stérilisation sociale (si t’as changé d’état civil, tu ne pourras plus te servir de ton utérus) est aberrant et transphobe. Cela n’empêche pas que les revendications autour de la parentalité trans ne peuvent pas se réduire au remplacement de « toutes » par « tou-te-s » dans un slogan ou un titre de tract, ni par une vague ligne sur la possibilité pour les hommes trans de porter un enfant. Pour résumer, les personnes trans ne sont pas des personnes cis, et les revendications autour de leur accès à la parentalité s’inscrit dans un contexte de fortes difficultés d’accès aux soins, que ce soient ceux liés à une transition ou aux soins primaires, et de fortes discriminations sociales de manière plus générale. Il n’est donc pas pertinent du tout de simplement ajouter « et les hommes trans » à un endroit ou deux pour rendre « inclusif » un tract sur la PMA (aussi parce que les hommes trans ne sont pas des femmes cis).




Ci-dessus, deux exemples de banderoles croisées ces derniers mois et semaines et qui m’ont fait hurler tellement je les trouve absurdes (enfin transphobes, hein). NON, on ne peut pas « inclure » les hommes trans dans « pour tou-te-s » pour, deux mots après, revendiquer une PMA « sans père ». EVIDEMMENT que les femmes seules et les couples de femmes peuvent revendiquer une PMA sans père, dans une société sexiste et lesbophobes où la Manif pour tous prend une place terrible et crache de la merde sur l’importance pour les enfants d’avoir un papa et une maman. Mais bon dieu, est-ce que c’est une raison pour faire des choses aussi stupides que d’inclure les hommes trans pour leur cracher à la gueule deux mots plus tard en leur enlevant leur statut de père ? Vous croyez que la Manif pour tous, les médias et la société en général ne s’en charge pas déjà assez ? Et NON, ce n’est pas clair que ce sont deux revendications différentes puisqu’il s’agit du même slogan sur la même banderole, personne ne va comprendre ça comme ça en dehors de vos petits cercles déconstruits (tellement déconstruits que vous avez déconstruit au passage notre statut de père, wouhou, trop subversif !), et vous participez juste à la transphobie générale. On nous renvoie déjà bien assez à la gueule, que ce soit dans la société en général ou dans les espaces militants, qu’on n’est pas vraiment des hommes, et vous ne pouvez pas décider de votre propre chef, de parler pour les hommes trans parce que l’inclusion des mecs trans dans le féminisme c’est dans l’ère du temps, et que comme de toute façon y a peu de chances pour qu’on ose l’ouvrir de peur de se faire qualifier de mascus si on dit que votre manière de procéder est transphobe, vous pouvez bien nous marcher sur la gueule comme vous voulez. Donc à un moment, un peu de cohérence, soit vous bossez AVEC nous, et vous construisez des luttes dans lesquelles vous êtes nos alliées et on est les vôtres, dans des luttes spécifiques qui se rejoignent sur certains points, soit vous parlez pour vous et vous nous lâchez la grappe, au lieu de vous accaparer nos luttes n’importe comment. Vous n’êtes pas nos mamans.

La parentalité trans ne s’arrête pas à la PMA, et une pseudo-inclusion dans les revendications des femmes cis n’est pas suffisante


Une autre chose que je trouve très gênante dans cette « inclusion » des hommes trans dans les revendications sur la PMA est l’invisibilisation de toutes les autres problématiques autour de la parentalité trans. Il y a toutes sortes de revendications qui méritent d’être traitées. Je vais lister ici quelques exemple, mais cette liste n’est évidemment pas exhaustives, je veux juste illustrer le fait que de se concentrer sur les hommes trans qui souhaitent porter un enfant n’est pas pertinent.
  • Les hommes trans en couple avec une femme cis qui souhaite porter l’enfant ont déjà accès à la PMA en France, si l’état civil de l’homme trans est au masculin. Néanmoins, contrairement aux couples hétéros où l’homme est cis, ces couples ne peuvent pas directement bénéficier d’un suivi par les CECOSiii de leur lieu d’habitation, mais sont d’abord envoyés au CECOS de Paris, qui collabore avec la SOFECTiv, et qui donnent un avis puis renvoient vers les CECOS de région. Le fait que les CECOS de région demandent préalablement l’avis de Paris pour faire entrer ces couples dans une démarche de PMA est évidemment transphobe (t’as beau avoir changé d’état civil, t’es toujours pas un mec cis hein…). La partie « Contrôle de la parentalité » de la page Wikipédia consacrée à la SOFECT indique :

"Les familles « transparentales » ont accès à la PMA (c’est effectif à l'hôpital Cochin depuis le milieu des années 1990) pourvu qu’il s’agisse d’un couple hétérosexuel du point de vue de l’état civil, c’est-à-dire constitué d’une femme cisgenre et d’un homme trans. L’homme a été nécessairement stérilisé avant le changement d’état civil, si celui-ci a eu lieu avant 2016. Aucune autre configuration n’est possible dans l’état actuel (en 2019) du droit.
Au sujet de l'accueil des personnes trans dans les CECOS, l’anthropologue Laurence Hérault a décrit la mise en place à l’Hôpital Cochin d'un protocole de soin particulier, confié à la SoFECT, qui discrimine les familles transparentales. Elle analyse que les réticences initiales des équipes qui ont mis en place et mettent en œuvre ce protocole renvoient « à la conception pathologisante des personnes trans » et « à la mise en doute de leur capacité à s’inscrire de manière adéquate dans la filiation et la parentalité ». D'après elle, la démarche et les équipes hospitalières sont les mêmes que pour le contrôle de l’accès à la chirurgie : il s’agit ici d’identifier les « vrais bons pères », qui sont aussi de « bons vrais transsexuels », et ainsi éviter la « diffusion de la « pathologie » paternelle ». Elle conclut que « l’intervention d’un psychiatre devient un élément clé de l’ensemble des projets de vie des personnes trans, qu’il s’agisse de réaliser une transition, de changer d’état civil ou bien encore de faire un enfant ».»"v
  • Sous certaines conditions, certains CECOS de région permettent aux femmes trans (et certains aux hommes trans, mais pas toujours) de conserver leurs gamètes. Par contre, aucune certitude sur le fait de pouvoir les récupérer et s’en servir ensuite avec leur compagne (avec compagnon si il s’agit d’un homme trans, n'en parlons même pas).
  • L’accès à l’adoption pour les personnes trans est compliqué, parce que sans CECvi la plupart des choses sont compliquées dans la vie, mais un CEC en France implique que sur ton acte de naissance intégral (nécessaire pour une adoption), ton prénom et ton genre de naissance apparaissent toujours, les modifications étant portées en marge. Bien évidemment, cela t'oblige à exposer ta transidentité, ce qui bien évidemment complique considérablement l'accès à l'adoption d'un enfant.
  • Les femmes trans qui ont un enfant (à l’aide de leurs propres gamètes) avec une femme cis, ne peuvent pas reconnaître l’enfant en tant que mère et doivent adopter l’enfant, alors même qu'elle sont une des mères biologiques.
  • Des personnes trans sont aussi parents avant d’entamer une transition. Dans ce cas, plusieurs types de difficultés peuvent se poser. Par exemple, avoir des enfants mineur-e-s peut être un frein à l’accès à une transition, par exemple au sein de la SOFECT, ou encore à l’accès à un CEC. En cas de séparation ou de divorce, la transidentité du parent trans peut être utilisée par l’ex-e conjoint-e pour obtenir la gardevii.


Rien sur nous sans nous


La conclusion de cet article est plutôt simple : si vous êtes cis, abstenez-vous de parler pour nous. Vous pouvez être des allié-e-s si vous collaborez avec nous, et nous laissez la place qui nous revient sur les sujets qui nous concernent. Sinon, ça s’appelle de l’ingérence et du paternalisme. N’essayez pas de nous « inclure » dans vos luttes, nos besoins et nos revendications sont spécifiques, nombreuses, et méritent bien plus que le simple ajout d’une astérisque au coin d’un tract.


Notes de fin de texte :

iPMA : Procréation Médicalement Assistée
iii« Qu’est-ce qu’un CECOS » sur le site « cecos.org » : https://www.cecos.org/node/4204
ivLa page « SOFECT » de Wikipedia explique plutôt bien la main-mise de la SOFECT sur l’accès aux transitions : https://fr.wikipedia.org/wiki/Soci%C3%A9t%C3%A9_fran%C3%A7aise_d%27%C3%A9tudes_et_de_prise_en_charge_de_la_transidentit%C3%A9
viCEC : Changement d’état civil. Chez les moldus, on entend par là une modification de l’état civil. Dans le langage trans, on distingue le CEC (modification de la mention de sexe à l’état civil) du changement de prénom (qui est aussi un changement de l’état civil, en vrai, mais dont la modification est souvent faite de façon distincte de la modification de la mention de sexe).
viiPar exemple : M. Le Corre (2015). Lorient : une femme trans se voit refuser la garde de son enfant en raison de son identité de genre, Yagg : http://yagg.com/2015/03/02/lorient-une-femme-trans-se-voit-refuser-la-garde-de-son-enfant-en-raison-de-son-identite-de-genre/

dimanche 25 juin 2017

Tutoriel injection d'Androtardyl dans la cuisse (sous titres français)

Hello!

J'ai déjà fait ici: http://imnotacisboy.blogspot.fr/2015/03/tuto-injection-dandrotardyl-fesse.html un tuto photo pour faire son injection de testo dans la fesse, et maintenant que j'ai une webcam qui fonctionne et que je suis passé à l'injection dans la cuisse, voici une vidéo explicative à ce propos.
Si besoin, vous pouvez activer les sous-titres.


mardi 15 novembre 2016

Récapitulatif photos sur 4 ans de mon opération du torse.



Bon bah voilà, j'ai fouillé mon ordi pour retrouver mes photos et les poster sur le nouveau forum, du coup j'en profite pour les poster ici aussi. Je trouve que ça a beaucoup évolué sur la dernière année au niveau du blanchissement des cicatrices.




vendredi 1 juillet 2016

Témoignage agressions sexuelles [Attention, témoignages et description d'agressions sexuelles, transphobie]


[Attention, témoignages et description d'agressions sexuelles, transphobie]


Je voulais écrire quelque chose là dessus. Alors ça a commencé par un récapitulatif, sous forme d'une liste, de témoignages d'agressions sexuelles que j'ai vécues entre mes 14 ans et aujourd'hui, 14 ans plus tard. J'aurais voulu en faire quelque chose de plus empowering comme on dit en anglais (et que je ne sais pas comment traduire en français, mais pour résumer vite, environ: un truc qui crée de la force, qui permet de prendre du pouvoir), en proposant des pistes pour pour se protéger et pour se remettre de ce genre de choses. Mais en fait pour le moment c'est pas encore possible, parce que je les cherches ces pistes. Je ré-écrirai plus tard, dans quelques mois j'espère, pour parler de ce que j'ai trouvé comme ressources pour me sortir de cet état désagréable dans lequel je suis en ce moment. J'avoue que j'espère qu'écrire et témoigner là dessus aura un effet positif sur moi.

Chronologie :

  • 14 ans (perçu comme fille) : Je suis en stage dans un magasin. Le petit-fils du patron traîne souvent par là et me tourne autour. Je suis en train d'accrocher des fringues et il en profite pour venir me peloter. Il m'embrasse dans la réserve. Quelques jours plus tard on a rendez-vous à la piscine. Quand on sort du bassin, il me suit dans ma cabine et ferme la porte derrière lui. Il se déshabille, essaie de m'enlever mon maillot de bain tout en se frottant contre moi et en me caressant l'entre-jambe et essaie de me faire toucher sa bite. Il veut me pénétrer, je dis non, il insiste, mes refus/son insistance durent longtemps. Il finit par laisser tomber et sortir de la cabine. Ensuite il me dit « désolé, j'ai abusé ». Ben oui. On ne se reverra pas ensuite, on se croisera juste dans un marché aux puces quelques mois plus tard, il fera comme si on ne se connaissait pas.
  • 16-18 ans (perçu -et je me vis- comme gouine, je suis perçu comme meuf en général mais pas tout le temps) : Je sors avec une fille qui me fout la pression pour que je me féminise, et se fout de ma gueule dans des contextes sexuels (de mon « manque d'expérience », du fait que je sois mal à l'aise, de mon corps, me reproche de ne pas avoir d'orgasme et de ne pas « arriver à lui en donner »), souvent en public. Elle me réveille souvent la nuit pour baiser (enfin plus précisément je me réveille souvent la nuit alors qu'elle est en train de me toucher). Parfois je dis que je n'ai pas envie d'avoir de rapport sexuel, mais ça se produit quand même. Quand je finis par réussir à la quitter, elle me harcèle pendant des mois, échafaude des plans pour « me récupérer » et monte des amies contre moi pour m'espionner. Je finis par réussir à couper complètement les ponts plus d'un an après la rupture. 10 ans plus tard, j'ai toujours peur de la croiser quand je passe dans la région, et j'ai parfois l'impression de la croiser dans la rue ou dans le bus alors que j'habite à l'autre bout de la fRance.
Entre mes 26 et 28 ans, soit ces deux dernières années (mec trans, perçu comme mec cis au premier abord, mais directement comme mec trans sur les sites de rencontre).
  • Je baise avec un mec cis rencontré sur internet. J'ai précisé que je ne pratiquais pas la sodomie. À un moment il essaie quand même. Je dis non, il arrête. Il me pénètre vaginalement depuis un moment, je commence à avoir mal, donc je lui dit « attends, arrête, j'ai mal », il répond « non attend, j'ai presque fini » et ne s'arrête pas.
  • Je suis chez un mec que j'ai rencontré sur internet. Quand il baisse mon boxer, il dit « ça fait longtemps que j'ai pas baisé avec une meuf ». Je ne réponds pas et commence à baliser. Il me coince contre un mur et commence à essayer de frotter sa bite contre mon génital sans capote. Je lui en tends une et lui dit de la mettre, il la prend et la pose par terre. Je la reprends et lui redemande de la mettre. D'un air exaspéré il dit « non, je la mettrai plus tard, arrête ». Je ne dis plus rien, j'ai envie de gerber et de partir mais je n'y arrive pas. Il la mettra effectivement plus tard, quand IL l'aura décidé. À la fin il me demande subtilement si je trouve quand même (= même si je suis trans) des gens qui veulent bien baiser avec moi. Pour la suite, voir là : http://imnotacisboy.blogspot.fr/2015/10/plans-cul-agressions-et-medecins.html (Je l'avais bloqué sur le site sur lequel il m'avait contacté. Quelques temps plus tard, il a créé un nouveau compte et m'a recontacté. Je lui ai foutu sous le nez ce qu'il avait dit et fait. Il n'en a rien eu à faire, ne s'est pas excusé et m'a proposé de re-baiser). 
  • Un mec cis que j'ai rencontré au sauna. Soudain, alors qu'on était en train de baiser, il me dit « ha mais tu baises avec des meufs, t'es gouine en fait d'habitude ». Je le pousse, lui dit qu'il est trop con et me casse. Je suis fier de moi d'avoir réussi à l'envoyer chier.
  • Un mec cis rencontré sur internet. Je reste 10 minutes chez lui en tout, il n'en a visiblement rien à foutre du fait que je prenne ou non mon pied, quand il a joui il faut que je me casse. Quand je rentre chez moi, j'ai un message de sa part sur l'application de rencontre : « t'es encore chaude ? ». Je l'engueule parce qu'il m'a parlé au féminin, il répond qu'il « parle de ma chatte », sans s'excuser. Quelques heures plus tard, il me recontacte encore en me parlant de nouveau au féminin , et me dit que dire qu'on est un mec et se servir de son vagin, c'est quand même chelou.
  • Un mec cis rencontré sur internet. Pendant qu'on baise, il utilise beaucoup (beaucoup) d'insultes au féminin, alors que j'avais dit que les insultes c'était ok, mais pas au féminin. Je ne me sens pas très bien mais je n'arrive pas à le dire. À la fin, il a dit "c'était ma première fois avec une trans". J'ai répondu : "Non, UN trans", et là il s'est marré, il a fait un sourire vraiment méga creepy et il a dit "ouais enfin avec une meuf tout court quoi". Là j'ai arrêté de répondre, parce que c'est devenu évident pour moi que c'était pas de la """maladresse""" mais qu'il le faisait exprès, et son sourire était vraiment super flippant. J'ai eu TRES peur et j'espérais juste qu'il allait se casser le plus vite possible et ne pas faire autre chose. Il s'est rhabillé et il a dit "j'espère que c'était quand même bien pour toi", et ce "quand même" est horrible aussi en fait.
Ça se conclue par le fait que cette dernière expérience abusive m'a complètement traumatisé, et que là je n'y arrive plus. S'ajoutent à ça les deux mecs cis avec qui j'ai déjà baisé qui me relancent malgré le fait que j'ai dit stop, que ce n'était pas du tout le moment. Y'en a un qui s'est permis de mal le prendre et de me faire une leçon sur le fait que je devrais baiser avec lui et qu'après ça irait mieux, et l'autre qui s'en fout et continue à me relancer toutes les semaines même si je lui ai dit clairement que ça n'allait pas du tout et que JE le recontacterai quand ça ira mieux (maintenant qu'il a insisté, ça devient évident que je ne le recontacterai pas).

Voilà, alors maintenant, je ne sais pas bien quoi faire de tout ça. Quand j'étais en couple considéré comme lesbien, je n'ai pas pu sur le coup mettre le mot de violences conjugales dessus, parce qu'il n'y avait pas de témoignages ni de supports accessibles sur ce thème à l'époque (d'autant qu'en 2006 ne commençais tout juste à avoir internet, sur l'ordinateur familial, avec une connexion en carton), les violences conjugales pour moi c'était un truc d'hétéro, ça ne pouvait pas me concerner. 

Actuellement, je bloque, parce que trouver des témoignages et des ressources sur des agressions sexuelles sur des personnes trans masculines, c'est galère aussi (évidemment, j'ai beaucoup de mal à lire en anglais alors j'imagine que ça ne doit pas aider). Alors je sais pas, voilà, je témoigne. Mais pour le moment, je ne sais pas vraiment quoi en dire, ni comment analyser tout ça, ni comment sortir de cet état merdique dans lequel je suis depuis plus de 3 mois. Je ne sais pas comment gérer ça, je m'inquiète pour tous les blocages (et dans une certaine mesure, une dysphorie que je n'avais jamais vraiment expérimentée) que la dernière expérience merdique a créés chez moi. Je suis inquiet à propos de comment gérer ça, et comment je vais gérer à l'avenir ma vie sexuelle et mes relations avec des « plans cul ». 

Les fois précédentes, j'ai géré ça en zappant ce qui s'était passé, et en passant le plus vite possible à autre chose, en minimisant les faits. Je suppose qu'il y a une part importante de transphobie intériorisée dans le fait de m'être dit plus ou moins consciemment que déjà c'était galère de trouver des gens qui voulaient bien baiser avec moi, j'allais pas en plus faire chier au moindre dérapage. Alors celui qui m'a dit « non attends, j'ai presque fini », j'ai préféré considérer que ça s'était « bien passé ». Alors qu'en fait non, si je dis stop, c'est stop, et c'est stop maintenant. Si je dis que j'ai mal, tu te préoccupes de ça connard, et pas de ton orgasme. Je pense qu'il y aussi une histoire de complexe d'infériorité, déjà avant d'avoir conscience que j'étais trans, quand j'étais en couple avec cette meuf qui m'a foutu dans la tête que j'étais de la merde, j'ai fini par y croire, par penser qu'elle avait raison, qu'elle avait plus d'expérience et qu'elle avait le droit de se foutre de ma gueule, de ma sexualité, de mon corps.

En ce moment, je suis aussi très en colère contre tous ces connards. Contre la première personne qui n'en a rien eu à foutre de mon consentement, et contre toutes celles qui ont suivi. Contre le dernier connard qui m'a utilisé après m'avoir manipulé en me faisant croire qu'il respectait mon identité, juste pour me sauter et m'humilier ensuite. Contre ces personnes qui ont eu l'impression de me faire une fleur en acceptant de baiser avec moi, pauvre trans. Contre celles qui n'en ont rien à foutre de moi, mais sont juste excitées par le fait que je sois trans. Contre ces sacs à merdes qui ont foutu en l'air des années de travail sur moi pour être à peu près à l'aise avec mon corps, ce qui fait que me foutre à poil, même seul, est devenu compliqué. Contre ces personnes qui pensent que je ne mérite pas qu'on mette une capote avec moi, parce que je suis que dalle pour elles. Contre le personnel médical qui a fait de la merde avec moi quand j'ai cru que j'avais une IST après une agression. 

Et oui, c'est pas cool mais c'est ce que je pense maintenant, et j'imagine que ça va finir par passer, mais je suis en colère contre moi de galérer pour en parler, d'avoir fait l'autruche en me faisant croire que tout allait bien à plusieurs moments après des agressions et que ça me pète maintenant à la gueule, et aussi pour ne pas avoir le courage de retrouver ces connards pour leur foutre le nez dans leur merde, parce que j'aimerais être assez confiant, sûr de moi et fort pour le faire.
Et là, je suis en colère parce que ça ne devrait pas être à moi de me sentir mal.

vendredi 16 octobre 2015

Plans cul, agressions et médecins


Je baise occasionnellement avec des mecs cis, et ça se ne se passe généralement pas très bien. Généralement je rentre en contact en ligne, mais c'est m'est aussi arrivé d'aller au sauna et de trouver quelqu'un sur place. En ligne ça simplifie les choses pour moi, parce que j'ai plus de facilités à verbaliser ce que je cherche et mes limites. En théorie, si des gens disent quelque chose qui craint, je les envoie directement bouler, parce que je considère que c'est rédhibitoire. En pratique parfois je suis passé sur des choses que des mecs ont dites, parce que je trouve ça quelque fois compliqué de tenir ça tout le temps.

La dernière fois, j'ai été au sauna et j'ai trouvé un mec sur place. Ça s'est mal passé, parce que pendant qu'on était en train de baiser il a dit de la merde. Je me suis senti mal parce que c'est violent de se prendre de la transphobie dans la gueule, d'autant plus quand je suis à poil et que c'est un truc de ré-assignation, mais j'étais content parce que j'ai réussi à arrêter le plan, à lui dire qu'il était un connard transphobe et à me casser.

Mais je ne suis pas toujours assez fort pour me tirer, et une autre fois avant ça, avec un connard mec que j'avais rencontré en ligne, ben j'ai pas réussi. Il n'a pas voulu mettre de capote quand je lui ai demandé de le faire (il l'a fait plus tard, quand lui en a eu envie). Avant ça, il a dit « ça fait longtemps que j'ai pas baisé avec une meuf », et j'ai pas réussi à l'envoyer chier. J'étais vraiment pas bien, je n'arrivais plus à dire ou faire ce que je voulais (l'insulter et me casser). Quand c'était fini, il a dit qu'il supposait que c'était compliqué pour moi de trouver des gays pour baiser (genre "je suis trop un mec sympa, j'ai bien voulu te sauter même si t'es trans"). Après ça, quelques jours plus tard, mes parties génitales ont commencé à me gratter et j'avais beaucoup de pertes, et au bout de plusieurs jours ça s'est beaucoup empiré et ça a terminé aux urgences. 


Là, j'en viens aux médecins. Pour faire court, j'en ai vu 5 différents (deux généralistes, un médecin d'SOS médecins, une gynéco et le médecin des urgences). 

  • Un généraliste, que j'ai vu deux fois pour ce problème là, ne m'a tout simplement pas examiné. La première fois il m'a juste donné un anti-douleur, la deuxième fois, alors que je suis arrivé à son cabinet de garde en n'ayant pas dormi depuis une semaine durant laquelle j'ai chialé et manqué de tomber dans les pommes à chaque fois que je devais pisser, et donc avec la gueule tordue par la douleur et en boitant et ne pouvant pas m'assoir, il n'a pas voulu m'examiner.
  • La première généraliste que j'ai vue, qui me connaît mieux que l'autre, lorsque je l'ai rappelée 2 jours après l'avoir vue parce que la douleur m'empêchait de dormir, a refusé de me prescrire des anti-douleurs.
  • La gynéco s'est comportée correctement et a été à l'écoute.
  • Le médecin des urgences, où je me suis rendu à reculons, parce que ma dernière expérience là bas avait été un concentré de transphobie, et parce que l'idée de me faire poser une sonde urinaire dans l'état où j'étais m'effrayait au plus haut point, n'a pas écouté quand je lui ai dit que j'avais trop mal pour qu'il m'examine avant de m'avoir donné un antidouleur, alors que je tremblais, que je me tordais de douleur, et que je n'avais pas pu pisser depuis plus de 12h. Je l'ai repoussé violemment, et là il a jugé opportun de me donner de la morphine avant d'essayer de me toucher. Il a ensuite perdu le prélèvement qui était le but de la manœuvre, et n'a pas jugé utile de m'en tenir informé, ce qui fait que suite à ça, j'ai poireauté plus d'un mois pour pouvoir faire un test sanguin me permettant de savoir si le connard avec qui j'avais baisé m'avait refilé une IST qui allait revenir périodiquement jusqu'à la fin de ma vie ou pas.
Au delà de la transphobie dont ont fait preuve la majorité des médecins que j'ai vus ce mois là (illes étaient clairement mal à l'aise avec le fait que je vienne les consulter pour un problème en lien avec mes parties génitales), d'autres choses m'ont dérangé dans ce qu'ils ont dit. 3 sur 4 (l'autre ne m'a même pas posé de questions), m'a demandé si j'avais eu un rapport sexuel. Tous ont sous-entendu que c'était avec un mec (comme j'ai un vagin, ça semble être la seule possibilité qui leur a traversé l'esprit), et qu'il s'agissait d'une pénétration pénis/vagin. Certes, là c'était le cas, mais ça aurait pu être un autre type de rapport et/ou j'ai pu de pas avoir eu que ça comme pratique au cours de ce rapport, ou ça aurait pu avoir lieu avec un autre type de partenaire. 

Les trois ont dit une phrase comme « Je suppose que c'était un rapport protégé ». Je trouve que ce type de question posée comme ça ne laisse pas la place à autre chose qu'à répondre par l'affirmative, parce que dire non implique d'admettre d'avoir fait quelque chose qui va être perçu comme une connerie. Par ailleurs, par « rapport protégé », ces médecins parlaient uniquement d'utiliser une capote dans le cadre d'une pénétration. Personne ne m'a demandé si je suçais avec ou sans capote et si je me faisais sucer avec ou sans carré de latex. Personne ne s'est demandé si j'avais utilisé des objets de façon safe ou pas. Ni si la personne avec qui j'avais baisé avait changé d'orifice sans changer de capote. Et personne ne s'est demandé si j'étais consentant. Et leurs questions ne laissaient pas de place, vu l'état d'anxiété dans lequel j'étais (après une agression sexuelle et en ayant peur de la transphobie des médecins), pour expliquer clairement ce qui s'était passé. 

Je pense qu'au delà du malaise qu'ils avaient l'air de ressentir face au fait de devoir m'examiner (c'est à dire en fait de simplement faire leur taff correctement), ils n'ont pas pensé que le fait que je sois trans fait que souvent, ces mecs cis ont l'impression de ma faire une fleur en baisant avec moi, et que ça leur donne l'impression de pouvoir me traiter comme de la merde. Je suis trans et comme beaucoup d'autres trans, j'ai des problèmes d'anxiété, qui font que pour moi dire « non », que ça soit à des plans cul ou à des médecins, c'est souvent vachement compliqué, tout comme tomber sur des personnes qui acceptent d'entendre quand je dis non, ou qui laissent de la place à mes limites.

Visibilité, y'en a marre que tout tourne autour de nos corps


Je voulais réagir sur un truc qui me met mal à l'aise. Ces derniers temps j'ai beaucoup vu tourner ce montage photo d'un trans qui s'est pris en photo tous les jours pendant plusieurs années pendant sa transition médicalisée. Je ne sais pas pourquoi ces photos tournent en masse en ce moment, mais en fait ça me gonfle. Je trouve ça cool que des trans témoignent de leur transition, parce que ça peut nous aider, nous, trans pendant nos propres transitions. Par contre, quand je vois les commentaires de plein de cis sur les réseaux sociaux quand ces montages tournent, en fait ça m'énerve. Parce que ces commentaires consistent à dire combien la personne en question est « réussie » (= a l'air cis), « sexy » (et si on est trans et moche?) ou « a eu raison de transitionner » (en vrai c'est souvent « de se transformer »). Au milieu de tout ça, bien sûr, y'a une plâtrée de sacs à merde qui viennent juste se la ramener pour dire que quand même, illes comprennent pas et que c'est trop bizarre, mais j'ai même pas envie de perdre mon temps à commenter ça. Là je veux parler des gens bien intentionnés qui viennent valider les trans, et plus particulièrement leurs corps, en pensant probablement que ça leur confère une super ouverture d'esprit. En fait c'est relou. 

J'aimerais qu'on n'ait plus à être validés par des cis qui nous viennent donner leur avis sur notre cis passing. Les trans qui sont validés et que ces personnes trouvent majoritairement sexy, ce sont ceux qui ne sont pas gros, qui ont de la barbe et des poils, qui sont vus comme beaux, qui sont opérés du torse, etc. Là c'est super, on octroie à ces trans un cis passing et on se demande si ils sont célibataires (et si ils sont en couple c'est jugé « trop chou » -oui, comme des chatons) (et oui, quand ce sont des mecs trans, comme par magie y'a presque que des meufs qui se posent la question, parce que bah évidemment on est supposés hétéros, quitte à être baisables). On n'a pas besoin de savoir si vous seriez enthousiaste à l'idée de baiser avec nous pour avoir un avis sur nos transitions en fait, merci. En fait je trouve ça hallucinant, quand je vois ce qu'implique ma transition dans ma vie, qu'y'ait des gens à qui ça inspire uniquement une échelle de sexytude.

Entre ces montages et les émissions de télé, je trouve que la visibilité ça pose quand même question, parce que ça se termine toujours en gros pathos ou en truc dégueulasse exotisant qui tourne toujours autour de nos corps. J'espère qu'un jour on n'aura plus besoin de ça, se mettre en scène nos transitions pour être validés, qu'on n'aura plus autant intériorisé la transphobie qu'on pense qu'il n'y a que la partie sensationnelle de nos transitions (le côté « transformation ») qui mérite d'être traitée, et qu'on sera écoutés quand on parle d'à quoi nous confrontent nos transitions (pas uniquement médicalisées, mais aussi et surtout sociales). J'espère qu'à un moment les cis réfléchiront à comment devenir des allié-e-s, et s'intéresseront à ce que ça nous renvoie quand la seule chose qui semble intéresser la majorité d'entre elleux, c'est si on est baisable ou « réussis ».

dimanche 22 mars 2015

Tuto injection d'Androtardyl (fesse)

Matériel

1. Boîte de récupération d'aiguilles usagées. Tu peux en demander en pharmacie (mais moi on n'a pas voulu m'en donner), dans les CAARUD (Centre d'accueil, d'accompagnement et de réduction des risques chez les usagers de drogues) par exemple. J'ai commandé la mienne en même temps que mes aiguilles et mes seringues sur internet.
2. Gel désinfectant pour se laver les mains.
3. Un sparadrap.
4. Là c'est un bout de compresse imbibée d'alcool, mais du désinfectant c'est bien aussi (c'est juste que ces trucs là c'est pratique à trimballer)
5. Une aiguille à intramusculaire (noire ici, donc 3 cm de longueur, mais on peut utiliser une verte, de 4 cm).
6. Une seringue.
7. Une aiguille pour aspirer le produit (rose).
8. Une ampoule d'Androtardyl.
9. Deux cotons.
10. (c'est pas sur la photo: de l'alcool à 90 si vous injectez seulement une partie de l'ampoule)

On trouve les aiguilles et les seringues en pharmacie, pour un euro par injection environ si ma mémoire est bonne. Là j'ai commandé par boîte de 100 sur internet et j'ai partagé avec des copains, j'en ai pour 10 centimes par injection (boîte et désinfectant compris).

Comment procéder?


Bien nettoyer l'endroit sur lequel tu poses votre matériel.
Pour que le produit à injecter ne soit pas trop épais, tu peux le garder contre toi (sous une aisselle par exemple) pendant quelques minutes, ou encore faire tremper l'ampoule dans un petit bol d'eau chaude pour fluidifier l'huile.

Bien se laver les mains.



On passe à l'ampoule. Sur celle-ci, on peut voir un point bleu.

D'abord, assure toi que tout le produit est dans la partie basse de l'ampoule. Pour tout faire tomber vers le bas de l'ampoule, tiens la fermement et donne un coup sec vers le bas.
Tiens l'ampoule avec le point bleu face à toi. Prends un coton et casse le haut de l'ampoule en tenant d'une main le bas de l'ampoule, et de l'autre (avec le coton) entre le pouce et l'index tenez le haut de l'ampoule (pouce sur le point bleu, index à l'arrière de l'ampoule), et tords le haut de l'ampoule vers l'arrière. (Bon, à l'écrit je ne sais pas si c'est clair, je voulais faire une vidéo mais mon ordinateur rame trop)
Si tu as géré ça correctement, l'ampoule n'a pas explosé et est maintenant ouverte. Pose la sur la table.

Ouvre l'emballage de la seringue (et garde l'emballage sur la table, ouvert, côté stérile vers le haut) et ouvre l'emballage de l'aiguille rose. Fixe l'aiguille sur la seringue.



Puis, aspire le produit dans l'ampoule. En y allant doucement je trouve qu'il y a moins de bulles.
Si tu injectes tout le contenu de l'ampoule, aspire tout le produit. Si tu en injectes moins:
- Soit tu partages ton ampoule avec quelqu'un d'autre, dans ce cas n'aspire que ce dont tu as besoin.
- Soit tu ne partages pas, donc aspire plus que ce que tu vas injecter (par exemple là, j'injecte 0,6 mL, donc j'aspire 0,8 ou 0,9 mL).



Tire ensuite le piston vers le bas de manière à ce que le produit soit assez bas dans la seringue.
Ouvre l'emballage de l'aiguille noire. Retire l'aiguille rose de la seringue et place la noire (ou la verte si tu as choisi une verte) à la place.

Ensuite, il faut chasser les bulles. Enfin dans la mesure du possible. Parfois je mettais un quart d'heure à virer toutes les microscopiques bulles en tapotant de l'ongle contre la seringue jusqu'à ce qu'on m'explique que lors d'une injection en intra-musculaire, seules les grosses bulles peuvent poser problème. On enlève les bulles par mesure de précaution, au cas où on injecterait dans une veine (mais on verra plus tard comme faire pour être certain de ne pas piquer dans une veine).
Bref, pour chasser l'air de la seringue, on la tient aiguille vers le haut et on "joue" avec le piston pour virer l'air et pas le produit. Comme pour l'ampoule, on peut donner un coup sec vers le bas pour faire descendre le produit et monter l'air.
C'est prêt une fois qu'il n'y a plus d'air ni dans la seringue ni dans l'aiguille (chasser la grosse bulle d'air qui est souvent présente à la jointure entre l'aiguille et la seringue -là où on voit la couleur (noir ou rose) de l'aiguille-).

On s'approche du but. 

Maintenant, où piquer? Quand on injecte dans la fesse, il faut piquer dans le quart supérieur extérieur. Pour simplifier, si on piquer dans sa fesse droite et qu'on fait une croix sur toute sa fesse de manière à la séparer en 4 parties égales, la zone d'injection sera en haut à droite. Pour la fesse gauche ce sera le quart en haut à gauche.
Pour éviter de me dessiner une crois au marqueur sur la fesse toutes les 2 semaines (c'est pas obligatoire mais ça me rassure), le copain qui m'a montré comment faire mes injections m'a tatoué une sorte de grain de beauté dans la zone d'injection, comme ça je pique simplement autour.

Quand vous tu as déterminé la zone, désinfecte la bien (vise large).

Voilà, ça c'est ma fesse droite, enchanté.

Quelle position pour piquer?

Certaines personnes se piquent debout (ce qui est pratique parce qu'on peut utiliser ses deux mains et s'aider d'un miroir). Moi je me pique couché parce que:
- être couché c'est ce que je préfère
- je trouve ça plus rassurant (j'ai peur de tomber ou je ne sais quoi).

Quoi qu'il en soit, trouve une position où ton muscle fessier est détendu (sinon l'aiguille va pas rentrer).

On y est!


Quand tu es prêt, inspire un bon coup et pique. Moi j'arrive pas à tout entrer d'un coup, d'un geste sûr et rapide, donc j'appuie doucement jusqu'à ce que ça rentre. Quand je me piquais y'a 4 ans, j'arrivais à rentrer d'un coup comme aux fléchettes, mais cette époque est révolue. Et contrairement à ce que je pensais, je ne sens pas grand chose dans un cas comme dans l'autre.

Une fois que l'aiguille est rentrée (en entier, c'est mieux, comme ça elle ne peut plus bouger en hauteur), tire sur le piston. Si rien ne se passe ou que de l'air entre dans la seringue, c'est bon, tu es dans le muscle! Si du sang entre, tu manques de bol et tu es dans une veine.
Si tu es dans une veine, ressorts l'aiguille de ta fesse, change d'aiguille et pique ailleurs.
Si tu es dans le muscle, pousse doucement sur le piston pour injecter le produit.

Quand c'est fait, sort l'aiguille du muscle. Tu peux compresser le point d'injection avec un coton imbibé d'alcool (moi je le fais si ça saigne beaucoup). Désinfecte et mets un beau sparadrap.



C'est bien de masser pour que le produit se propage bien dans le muscle et pour ne pas avoir mal dans les jours qui suivent. (J'avoue que quand j'injectais une ampoule entière, j'avais mal massage ou pas massage, peut être un tout petit peu moins avec massage, et à une demi-ampoule, je vois pas la différence non plus).

Jetez les aiguilles dans le conteneur à aiguilles (et la seringue si vous avez un énorme conteneur et que ça ne vous embête pas de le remplir plus vite), et tout le reste à la poubelle.


Si tu as un peu peur lors de tes premières injections, ça peut être cool de ne pas être seul quand tu te piques. Si personne ne peut t'assister en live, tu peux aussi demander à quelqu'un de te tenir compagnie par web cam interposée par exemple.

[Si t'as d'autres informations à apporter ou qu'il y a des parties qui ne sont pas claires, ou que t'as des idées de reformulations, n'hésite pas à me le dire parce que je ne suis pas sûr que tout soit ultra compréhensible]





samedi 13 septembre 2014

J'avais presque oublié comment les pros de la santé pouvaient être relous


L'autre fois je me suis retrouvé aux urgences, et sur le coup je flippais pas qu'on me fasse chier avec mes papiers, parce que je sortais d'un labo d'analyse où la secrétaire avait fait gaffe de dire à l'infirmière de ne pas m'appeler « madame » quand ça serait à mon tour (j'étais pas dans mille labos, mais à Rennes, dans les labos où j'étais, c'était à chaque fois comme ça) sans m'avoir rien demandé, et de chez un médecin à qui j'ai dit que j'étais trans parce qu'il m'a demandé à quoi correspondait mon ALD, et il écrit « Mr » sur les ordonnances sans me poser de questions non plus. Donc bref, j'arrive aux urgences stressé et surtout super fatigué parce que j'avais bien mal et que je flippais comme je ne savais pas ce que j'avais, et j'entre et y'avait 6 ou 7 personnes derrière le guichet d'accueil. 

Y'a un infirmier qui me dit de venir, qui me dit que j'ai une drôle de couleur et d'aller vite m'enregistrer. Je vais au guichet à l'autre bout de la salle, je file ma carte vitale, la secrétaire pose des questions banales et me dit de retourner à l'accueil. J'y retourne et je vois que les gens derrière le guichet sont un peu en train de se marrer, mais bon, peut être juste qu'il-le-s se sont raconté une blague. Un mec me fait rentrer dans la salle juste à côté de l'accueil, je pose mon sac et il me dit d'aller le poser dans la salle d'attente parce que il faut éviter de mettre trop de trucs dans cette salle. Je ressors et dans l'encadrement de la porte y'a une infirmière qui me regarde avec un air genre amusé/ironique/un truc désagréable dans le style dans ce contexte. Je reviens sans mon sac, l'infirmière s'est installée dans la salle (et en vrai, je ne sais pas pourquoi elle était là à part pour faire chier, parce que y'avait clairement pas besoin qu'il-le-s soient deux pour prendre ma température et me poser 3 pauvres questions). L'infirmier commence à me poser des questions sur mes symptômes, l'autre est toujours en train de me fixer d'un air narquois, en regardant de temps en temps mon dossier.

Et puis soudain, paf, c'est parti (coupant le mec qui allait me demander de lever le bras pour mettre le thermomètre sous mon aisselle). « C'est quoi votre prénom? » Je réponds. « Mais ça s'écrit avec -le ? ». Ouais. Elle se marre. « Vous avez eu un problème hormonal? » Heu nan, je suis trans, mon état civil est pas changé. (Là l'infirmier avait réussi à caser son thermomètre, il me dit que j'ai de la fièvre, que j'ai pas l'air bien et qu'il va chercher un brancard parce qu'il avait peur que je me vautre. L'autre, ça l'a pas arrêtée le moins du monde. Le fait que j'ai du mal à parler non plus par ailleurs.) « Oh ben c'est fou. Vous essayez de devenir un gars en fait? » J'ai pris l'air le plus blasé que je pouvais compte tenu de mes capacité en matière de théâtre qui sont déjà pas terribles, mais quand j'ai pas bu ni mangé depuis 15h et que j'ai pas dormi, c'est encore pire. Après je sais plus ce qu'elle m'a demandé, mais elle m'a parlé au féminin, elle s'est reprise, ça l'a fait marrer, elle a dit un truc comme « haha ben maintenant je suis perdue désolée, parce que j'ai votre prénom là alors vous comprenez ». Je lui ai envoyé le regard le plus méchant que je pouvais parce que mon sens de la répartie était décidément pas au top de sa forme. « Oui ben désolée hein, je pose des question, j'me coucherai moins conne ce soir ». Là j'ai quand même réussi à dire quelque chose comme « Ben j'espère oui ».

Bref, c'était sympa comme tout. Ça a déjà tendance à me gonfler prodigieusement quand on me pose des questions alors qu'on ne se connait pas, genre comme si j'étais une encyclopédie sur pattes et que j'avais que ça à faire que de répondre aux interrogations des cis, mais quand c'est des professionnel-le-s de santé et que je viens pour quelque chose qui n'a strictement aucun rapport et que je suis mort de trouille parce que j'ai peur être un abcès dans la gorge, j'ai définitivement autre chose à foutre que de faire un cours en accéléré sur le thème « tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les trans sans jamais vous bouger le cul pour aller chercher des informations par vous même, bande d'abrutis ».

Rapide réflexion sur les tours de présentation

Bon, ça fait des lustres que j'ai pas posté. J'ai pondu deux trucs vite faits aujourd'hui, j'ai envie d'écrire d'autres choses, mais j'arrive pas trop, alors qui vivra verra pour la suite. Donc ça, ce sont des réflexions que je me suis fait pendant des ateliers, des réunions ou des groupes de paroles.


Souvent, et je trouve ça cool, quand on commence une discussion en groupe, un tour de table est proposé, et on dit souvent « vous pouvez donner votre prénom et le pronom par lequel vous préférez être désigné-e ». En gros, j'ai vu deux cas de figure qui me posent problème quand le tour de présentation commence :
  • Les personnes trans donnent leur pronom et leur pronom, et les personnes cis donnent juste leur prénom. Je trouve ça très mal venu en fait, ça fait genre « ben moi je suis cis, ça se voit, c'est évident comment on doit me genrer ». Hé coucou, en fait y'a des personnes trans qui se font mal genrer parce que les gens présupposent qu'elles sont des personnes cis en fonction de critères cis-centrés, et que justement non, tout le monde n'est pas cis.
  • Tout le monde donne son prénom et son pronom, sauf que plusieurs personnes cis vont dire des trucs genre « oh moi vous pouvez me dire « il » ou « elle », ça n'a aucune importance », ou encore (j'adore celle-là...) : « genrez moi comme vous voulez, je vais pas vous mordre, on s'en fout, hahaha ». J'ai entendu des trucs comme ça plein de fois ces derniers temps, et juste ça me gave. Ces personnes (y'a sans doute des exceptions hein, je dis pas, et je re-précise que je parle de personnes cis, qui en plus ensuite pendant tout l'atelier vont utiliser tout le temps le pronom qu'elles utilisent au quotidien) vivent dans un genre qui leur convient depuis leur naissance environ, et lancent un truc comme ça, le genre c'est pas important, ça se déconstruit, blablabla. Je trouve ça trash pour moi, en tant que trans, qui a dû batailler (et qui bataille encore parfois, avec certaines personnes, genre dans ma famille, ou récemment une infirmière) pour qu'on me genre correctement, et qui parfois ouais a eu envie de mordre des gens (enfin non, je mords pas des gens qui m'énervent, mais j'ai envie de leur donner des coups de pelle) quand on nous genre mal. Alors quand c'est pas ton cas et que t'as jamais eu à te battre pour qu'on utilise les pronoms que tu voulais, juste, tes remarques sur « les pronoms c'est pas important » ben tu peux aussi te les garder.
Si tu t'en fous de comment on te genre, ben c'est cool pour toi, y'a pas de soucis, mais les remarques qui laissent penser que pour les gens pour qui ça a de l'importance de se faire genrer d'une manière et pas d'une autre sont trop nul-le-s, n'ont pas déconstruit je ne sais pas quoi autant que toi, et sont violent-e-s (sérieux, j'ai entendu ce truc de « je vais pas vous mordre » ou des choses comme ça un paquet de fois en vrai), ben en fait c'est pas nécessaire et c'est chiant.

jeudi 9 janvier 2014

Joyeux anniversaire à moi!

Je profite de mon anniversaire d'opération pour faire une petite mise à jour.

Y'a un an à cette heure-ci j'étais à peu près en train de ne pas arriver à arrêter de trembler en salle de réveil depuis 3 heures, et ça devait être à peu près le moment où j'ai cru que ma gorge avait méga gonflé quand on m'a injecté de la morphine avant que je ne me re-réveille 2 heures plus tard et que je reparte enfin dans ma chambre.

J'avais parlé un peu, avant l'opé, du fait que je flippais un peu de comment j'allais gérer l'"après", et puis en fait j'y ai très peu pensé finalement, à comment c'était avant, et c'était pas en mode nostalgique. Je suis vraiment content de l'avoir fait, du résultat et de ne plus avoir à penser à ça tous les jours.
Par contre c'est dingue comme c'est vite passé, la période pendant laquelle je me disais que j'étais super content de ne plus avoir de binder, j'ai zappé assez vite comment j'en pouvais plus sur la fin.
Bref c'est cool, je suis content de pouvoir aller à la piscine, de pouvoir m'habiller plus comme je veux et d'être satisfait de l'apparence de tout ça. Y'a des imperfections hein, le côté gauche est un peu creux et le droit un peu bombé, mais je m'en fous. J'ai toujours un peu mal la nuit de temps en temps, mais c'est ciblé sur les cicatrices horizontales et ça doit être lié à ma manière de cicatriser (vu les cicatrices en elles mêmes sont toujours assez gonflées et rouges, mais ça s'estompe doucement). Je mets de la crème pour les hydrater tous les jours, c'est devenu un réflexe.

Sinon, ça fait aussi un an que j'ai décidé d'arrêter les hormones (que j'avais arrêtées en prévision de l'opération un ou deux mois au paravent je crois). Pour le moment ça me convient comme ça. Je ne sais pas ce que ça donnera plus tard, mais là l'idée de voir un endoc (ou globalement un médecin) me donne mal au bide, donc ça tombe bien. Je ne vis pas forcément bien le fait d'avoir de nouveau mes règles (en vrai, je le vis plutôt mal), mais en même temps je vivais mal d'avoir mal au cul pendant 3 jours après chaque injection, de me piquer, et d'être naze avant mes injections dont je n'arrivais pas à respecter la date parce que je supportais de moins en moins les piqures, donc bon.
Au début j'avais une peur irraisonnée que si je me rase, ma barbe ne repousse pas, mais en fait si (même si elle est peut être un peu moins épaisse qu'avant, mais j'en suis pas sûr).

Des fois je me dis que ça aurait été bien de continuer pour obtenir une répartition des graisses, mais ça avait pas bougé du tout en 1 an et demi, et je pense que de toute façon, j'ai plein de complexes à la con et que du coup, hanches ou pas, je complexerai toujours sur un truc, donc il vaut mieux que je me concentre sur le fait d'apprendre à vivre avec plutôt que de mettre des espoirs dans la testo, alors que dans l'immédiat ça me gonflerait d'en reprendre.

Sinon, ma vie va relativement bien, j'ai changé de filière à la fac et je me sens mieux dans celle-là (les gens me font moins peur). Là, j'ai l'impression d'être grave sociable en ce moment, je suppose que c'est lié en partie aux anxiolytiques et en partie au fait que d'avoir arrêté de militer (enfin pas arrêté entièrement, m'enfin sur pourquoi je ne veux plus organiser des actions sur des trucs trans avec des cis, je pourrais tenir 50 pages je pense) et de lire des trucs qui m'énervent et passer mes soirées à m'engueuler avec des gens, ça m'a aussi permis d'être un peu plus calme et moins anxieux. 

lundi 1 juillet 2013

"On a toutes un utérus", immersion en terrain trans-pas-inclusif

Je rentre il y a peu de la ladyfest d'Angers, qui a été un événement assez trash pour moi. Cette ladyfest était annoncée en non-mixité "femmes, gouines, meuf, FTX, trans-FTM/MTF, intersexe…". En fait bah... non, pas vraiment. Sur la version papier du programme (donc celui auquel les personnes qui participaient avaient accès pendant ces trois jours), les intersexes avaient disparu, et puis pas contre, ce qui était apparu sur cette version papier, c'était "pour femmes", "entre meufs", "dans la vie des femmes", etc... dans quasi chaque intitulé d'atelier, les rendant ainsi inaccessibles aux mecs trans, et ne faisant pas en sorte que les personnes qui ne se définissent pas comme femmes s'y sentent les bienvenues (et vu l'ambiance, je me serais très mal vu aller demander si c'était une omission ou pas). Du coup c'était formidable, j'ai pu participer à un seul atelier, le premier jour, aucun le deuxième, et le troisième j'étais parti parce que j'en avais raz la casquette.
Cet atelier auquel j'ai participé parlait de l'histoire du féminisme en Anjou. La personne qui l'animait, et qui avait, comme tout unE chacunE eu accès à l'intitulé de la non-mixité de cette ladyfest, a parlé du groupe présent et des personnes concernées par les luttes féministes et leur histoire comme de "femmes", uniquement. Elle parlait évidemment de femmes cisgenres, puisqu'elle a dit (j'en reviens toujours pas d'avoir entendu un truc aussi crétin dans un lieu féministe sensé être inclusif des trans et des intersexes) "on a toutes un utérus". 

Avant de venir, je pensais que ça n'allait pas être le festival le plus cool de ma vie, ni que tout le monde serait super inclusiVE, à vrai dire j'y allais plutôt à reculons. Par contre je ne m'attendais pas à me sentir mal à ce point et à me faire mal genrer dans la quasi totalité de mes interactions avec des personnes que je ne connaissais pas auparavant (et ça n'avait vraiment rien à voir avec l'utilisation du féminin pluriel, rien du tout). 

Je suis halluciné d'avoir fait les entrées et que deux personnes soient arrivées et l'une d'elle a balancé un tonitruant "bonjour mesdames" alors qu'on était quatre personnes dont deux mecs trans derrière la table (et elle s'est permis d'être agressive ensuite quand quelqu'une l'a reprise). "Mesdames" quoi...

J'hallucine aussi d'avoir parlé pendant deux heures avec une personne, à qui je parlais de moi au masculin, et puis ironiquement ce jour là, parce que j'en avais marre qu'on fasse comme si les trans n'existaient pas, j'avais un t-shirt avec écrit en gros "TRANS" à l'arrière, à qui je parlais des trucs que je faisais dans des milieux militants, et qui était en mode "je m'intéresse trop aux trucs TPG, et je suis trop trans inclusive, d'ailleurs j'ai organisé un truc en non-mixité inclusive des trans à côté de chez toi, je suis pas comme les autres féministes transphobes", et qui, au bout de deux heures, parle de moi comme... d'une "meuf". Là j'ai eu l'impression de me prendre un bon coup dans le bide, elle a continué à me parler et j'ai rien dit, j'ai attendu qu'elle se casse avant de changer de place. 
J'aurais pu dire "hé coucou, je suis trans, tu me cause au masculin et tu dis jamais que je suis une meuf", mais c'était la vingtième fois de la journée environ qu'on niait mon identité, à chaque fois que j'ai repris quelqu'une la personne m'a ignoré, et juste je voyais plus l'intérêt, j'avais juste envie de me casser le plus loin possible et j'avais ni envie qu'elle m'ignore, ni qu'elle s'excuse.
Y'a aussi eu cette meuf qui parlait de l'inclusion des trans et qui centrait tout ça sur le fait qu'elle n'ait pas envie de se retrouver à proximité de quelqu'un qui avait une bite. Mais qu'elle évoluait sur la question. Ben si t'évolues sur la question, cool, mais alors vient pas résumer l'inclusion des trans dans le féminisme à sa non-comptabilité avec ton essentialisme et à ton obsession du contenu de nos slips.

Bref, ça fait super longtemps que je ne me suis pas retrouvé dans un lieu où on me parle au féminin (et c'est pas faute de passer mon temps à cis-land pourtant).  Y'a juste deux ou trois relous qui ont tenté de me draguer lourdement dans la rue y'a quelques mois avant de se rendre compte que j'étais pas une meuf et de se casser. Là, c'était dans un lieu où mon identité était incluse dans la non-mixité de l'événement.
Ne pas inclure les trans dans ce type d'événement, ça me parait triste (je parle de l'inclusion des mecs trans ici, pas des meufs trans, là c'est surtout dégueulasse). Faire semblant de les inclure ça me parait absurde. 
Déjà, dire "ok les trans, venez", mais ne pas faire de charte de respect des identités des personnes présentes -histoire qu'un moins les personnes en question puissent se sentir de gueuler un coup si ça se passe mal-, de conseils pour ne pas dire de conneries super transphobes dans tes ateliers, pour rendre l'endroit un peu plus safe pour les trans -genre si t'as un doute sur le pronom à employer, demande (oui enfin pour ça faut s'en soucier, de ce que ça peut faire aux gens quand tu leur impose un pronom)-, ça me parait incompatible. Des chartes y'en a qui sont dispo en plus, genre celle du TDB, ou encore celle de la ladyfest de Rennes l'année dernière, je suppose qu'il suffit de la demander aux organisatrICES. Sinon c'est un peu genre, allez, on fait venir des trans, on voit ce que ça donne, et si ilLEs se font emmerder par plein de gens tant pis hein, chacunE sa "sensibilité féministe". Et puis peut être que ça permet de resserrer les liens des cis d'oppresser les trans toutes ensemble hinhinhin...



Ce truc de sensibilité féministe, sérieusement, ça me gave. C'est aussi sorti dans le premier atelier à propos des putes et des meufs voilées. Hé oh, on parle pas de goûts et de couleurs, on parle d'oppressions là aussi. On ne demande pas aux gens de cohabiter pacifiquement en respectant leurs désaccords quand il s'agit en fait d'oppresser des minorités avec la bénédiction générale. Et pitié, pas d'argument genre "oui mais ce sont des personnes très peu nombreuses, la majorité d'entre nous sont des femmes normales cisgenres, alors on va pas se prendre la tête avec leurs revendications" parce que ça ressemble quand même vachement aux homophobes qui parlent du mariage pour touTEs et de la dictature des minorités. 

Bref, me retrouver dans un endroit où on lutte contre le patriarcat parce qu'on est "des femmes", mais où on ne met jamais en cause son implication dans d'autres axes d'oppression (voire où on la nie carrément), ça me donne envie de vomir et de hurler. Petite pensée à la personne qui se sentait tellement concernée par les trans (et particulièrement ce qu'ilLEs avaient dans le slip, enfin surtout les meufs trans il faut dire) mais qui n'arrivait tellement pas à se positionner en tant que dominante qu'elle a balancé un "il n'y a pas de cis ici", ce qui m'a bien fait rire, donc j'ai lancé "moi c'est pas tellement l'impression que ça me donne" (j'étais pompette, c'était plus simple), donc elle s'est reprise "d'hommes cis", d'un air entendu (y'a que les mecs cis qui sont dominants c'est bien connu).

Pour finir sur du positif, après ça j'ai relativisé ce que j'ai ressenti niveau cis-centrisme ces derniers mois dans les cercles militants que je fréquent/ais, parce qu'à côté de ce concentré de transphobie plutôt bien assumée (faut leur laisser ça à ces gens) c'était franchement du pipi de chat, au moins on me genre bien, quand je parle de transphobie on m'écoute, et je ne me sens pas mal et flippé en permanence, je sais que je peux compter sur des gens, etc...
Mais aussi, j'ai rencontré quelques personnes avec qui j'ai été vraiment content de discuter, j'ai revu des personnes cool, j'ai vu un bout du concert de Van Van je me suis fait tatouer et j'ai fabriqué un bol en argile (entre les moments où j'étais en train de gratter mes 25 piqures de moustique et de stresser à cause de mes règles, quand même).

mardi 26 février 2013

Angoisses / cis-centrisme

J'me sens pas bien. En ce moment j'arrive pas à gérer mon anxiété, et ça m'angoisse (c'est balo hein...). Je pique fais des crises d'angoisse, qui se traduisent chez moi par des tremblements incontrôlables. Ça peut m'arriver un peu tout le temps, quand je dois avoir des interactions avec d'autres êtres humains, parfois sans que j'arrive à en identifier les raisons.

Y'a des fois où c'est un mélange de peur et d'énervement, et où la cause de la crise est facilement identifiable, comme il y a deux semaines quand je me suis fait contrôler par la douane (où j'ai réussi à me contrôler en faisant genre "je vous raconte ma vie en m'appuyant sur un siège pour ne pas tomber parce que je ne maitrise plus mes jambes", mais ça m'a super gavé d'avoir fait ami-ami avec des douaniers qui m'ont contrôlé à cause de ma tronche), puis deux jours après par les flics devant une gare, où là je n'ai pas du tout réussi à me contrôler, ce qui les a amenés à me suspecter d'avoir quelque chose à me "reprocher", et à me balancer des trucs méga paternalistes à la gueule ("on est là pour vous protéger", "vous devriez prendre un traitement", "vous savez, vous êtes responsable de votre anxiété, c'est pas la faute des autres, vous donnez une mauvaise image de vous même" (!!!!)).
Parfois par contre je ne sais pas d'où ça vient, c'est dans des moments ou par exemple il y a un groupe de potes autour de moi, et si j'essaie de parler, et ben je commence à trembler. Je ne sais pas pourquoi. Je ne sais pas si ça se voit. Et ça me gave. Du coup ben dans ces cas là, je ne parle plus, j'attends, j'ai envie de me cacher.

Je ne sais plus trop quoi faire pour lutter contre ça. C'est vraiment chiant, et ça m'empêche de faire des choses, de flipper constamment, quand je suis face à d'autres personnes, de penser que je risque d'être amené à prendre la parole. Par exemple dans un réunion ou en cours, si y'a un tour de table qui commence, je panique, je commence à trembler, j'arrive pas à écouter ce que disent les autres et quand c'est à mon tour j'expédie le truc le plus vite possible, en cachant mes mains, en essayant de contrôler mes tremblements de nuque et en retenant mes larmes selon le degré de gravité de la crise.

Je me suis retrouvé dans des contextes, il y a quelques temps maintenant, où comme c'était plus tenable pour moi d'être constamment silencieux, frustré de ne jamais arriver à parler, et flippé qu'on me pose une question, où j'avais finalement verbalisé tout ça, en expliquant que c'était beaucoup trop anxiogène pour moi. Je crois que j'étais "complexé" par l'image que je pouvais renvoyer, d'une personne qui n'avait jamais d'avis sur rien, qui s'en foutait un peu de tout, qui ne prenait jamais position et qui était toujours dans son coin à tirer la tronche ou à sourire niaisement selon des moments.
Parfois je me fais des blagues, comme par exemple de me dire "tiens, je pourrais faire une intervention dans le cadre du mois de mars de ma ville, devant plein de gens que je connais même pas, qu'est-ce qu'on va se marrer". Hahaha. Ben voilà, après j'ai plus trop le choix, et ça en rajoute une couche, parce que, pour une raison un peu inexplicable, je me sens obligé d'aller faire ce genre de trucs.

Je crois que les fois où je suis particulièrement sujet aux crises de tremblements, c'est quand je me retrouve à parler de ma transition. Par exemples les situations où je dois "m'outer", ça peut donner des choses ingérables. Ou des moments où je dois me "justifier". Ou raconter oralement un comportement transphobe dont j'ai été victime. Là c'est plutôt de l'énervement, et le fait de n'avoir eu aucun contrôle sur une situation vraiment désagréable, humiliante et violente. Pourtant ça me manque vraiment de ne pas pouvoir parler de ce genre de situations. J'en parle surtout sur le net, ou rarement avec d'autres personnes, encore plus rarement avec mes potes de luttes. J'y arrive pas. Pourtant ça me ferait du bien. Sinon ben ça se passe généralement comme ça: un truc transphobe m'arrive - je rentre chez moi raconter ce qui m'est arrivé - je vais râler sur internet - je rumine pendant des semaines.
Ça me manque de ne pas avoir de groupe de potes trans, de lieux où rencontrer d'autres trans, de groupes d'entraide, des soutien. C'est valable pour le partage de ressenti, parce que plus ça va plus ça me gave de n'avoir cette possibilité de partage que très ponctuellement, mais aussi pour organiser des actions par exemple. Je suis toujours un peu le seul trans dans les sphères politisées dans lesquelles je me promène, ou alors rarement on est deux, grand max. J'ai pas envie d'avoir cette place de "référent trans", parce que je ne suis pas représentatif de quoi que ce soit, et parce que personne n'est légitime pour ça je pense. En même temps si je n'essaie pas de combler les vides sidéraux autour des thématiques trans dans les milieux militants près de chez moi, ben je me sens aussi coupable, et j'ai pas envie que des cis le fassent seul-e-s. Et quand y'a une demande de la part de cis, qui n'ont pas envie de parler à la place des trans, ben je trouve ça très bien, donc j'y vais quand même.

Bref, j'ai l'impression de m'engluer petit à petit dans mes angoisses.
A côté de ça, je suis vraiment énervé et triste que tant de personnes se soient bougées pour le mariage et de penser que pour les trans, bah j'ai l'impression qu'y'aura de toute façon jamais que des miettes, y'a pas de temps à consacrer à ça et y'a toujours plus important que d'aller à une action contre la transphobie (par exemple, à Rennes, plus de 2000 personnes à la manif pour le mariage, 20 personnes au TDoR \o/ et 12 personnes qui prévoient pour le moment de venir au rassemblement de samedi, sensé ouvrir sur d'autres revendications, dont essentiellement des revendications trans. Je sais, c'est pas les mêmes réseaux -mais la faute à qui? aux personnes qui galèrent pour faire connaître leur événement ou aux grosses assos "LGBT" qui connaissent très bien l'événement mais qui refusent consciemment de le relayer voire organisent autre chose au même moment pour le squeaser?-, quand les gens sont directement concernés ils viennent d'avantage, quand une lutte vient d'être remportée (toutes proportions gardées...), les gens sont plus occupés à envoyer des bouquets de fleurs à des ministres qu'à savoir comment s'en sortent les autres minorités, etc...).

Bon et sinon je suis aussi vachement angoissé à l'idée de retourner en cours, de devoir cotoyer des hétér@s cis toute la journée, en tant que semi-planqué que je suis après avoir pu ne pas fréquenter trop d'hétér@s ces deux derniers mois (à part des médecins un peu trop fréquemment, m'enfin...). Bon, j'ai pas pu trop me préserver de la fréquentation de cis-land hein, parce que c'est un peu complexe à éviter ne serait-ce que quelques heures, et parfois pfiou, qu'est-ce que j'aimerais pouvoir m'épargner ça...